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La morale du pigeon belge, et les Essentielles

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Jean Pierre Girard
Publié le 5 Juin 2011
Publié le 2 Juin 2011
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L'Action

Chronique de Riens

Si vous venez à Bruxelles pour la première fois, il y a deux ou trois trucs incontournables que vous aurez du mal à incontourner, parce que tous les Michelins et les Routards vont vous indiquer où est la Grand-Place, la Cathédrale, le Mannekin Pis, le musée Magritte et la place Sainte-Catherine — toutes ces affaires-là valent le coup, remarquez.

Sujets :
Bruxelles , Montréal , Mingan

Mais même si c’est la première fois, il y a des chemins moins fréquentés. J’essaierai de vous y entrainer de temps en temps. Aujourd’hui: le pigeon soldat.

 

Bruxelles est sûrement l’unique ville au monde à avoir érigé une statue aux pigeons. D’abord, ça m’a inquiété, mais très vite je me suis dit : sont pas cons, ces Belges, qu’est-ce qu’il y a là-dessous ? Eh bien, accrochez-vous à votre barreau de chaise. Pendant la guerre de 14-18, les Belges sont les seuls à avoir utilisé le pigeon voyageur comme postier. Messages au nord et au sud, où sont les régiments, qui a bombardé qui, etc. (même si certains Belges, c’est connu maintenant, mangeaient aux deux râteliers, c’est-à-dire, oui, quelques sympathisants nazis ici et là, Brel les avaient en horreur).

 

Mais ce que j’ignorais, c’est ce rien : le mythe autour du pigeon. Ce mythe qui dit que le pigeon voyageur fasse l’aller et le retour entre ses destinations. Eh bien : pas du tout, c’est juste dans les films. Le pigeon « revient », c’est tout. Je veux dire : il retourne coucher là où il a été élevé. Personne ne sait comment il fait, mais vous le lâchez jusqu’à 1500 kilomètres de chez lui, et c’est chez lui qu’il va dormir. Ça veut dire qu’il va faire Mingan-Montréal les yeux fermés, mais seulement s’il a été élevé à Montréal, et c’est ça qui est désopilant: si, de Montréal où il a été élevé, vous essayez de le convaincre de rejoindre Mingan, il va vous demander si vous le prenez pour un pigeon. Il ira pas ; il va faire rrrou-rrrou.

 

Je ne sais pas si Ésope, et à sa suite, son célèbre copieur, Lafontaine, en tireraient une fable, mais il y a sûrement une morale dans le pigeon belge. On dort à maison.

Diane et Agathe

Vous ne connaissez pas Diane, vous ne connaissez pas Agathe. Ce sont deux anges. Elles partent, toutes les deux, cette même année, à la retraite. Je n’ai rien à gagner à le leur signifier ainsi, mais je veux leur dire que si elles me rassuraient, moi, à ce point, en accompagnant mes pas dans les corridors du collège, eh bien elles en accompagnaient forcément des centaines d’autres. Merci ne suffirait pas ; dire qu’elles vont me manquer serait discourtois (c’est peut-être simplement notre propre rapport à la fin qui se joue ici, qui m’attriste tant ; narcissisme, en somme, je ne sais pas). Vous ne connaissez pas Diane et Agathe, mais vous avez vos Monique, vos Lucie, vos Josée, vos Manon, vos Sylvie. Aux pieds de toutes ces Essentielles, aujourd’hui, qui escortent nos vies, je dépose cette chronique. jeanpierregirard.com

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