Secondaire trois, je crois, et moi en cinq, un rien fendant (mais j’ai beaucoup changé, je laisse désormais ces niaiseries à d’autres farfadets qui s’en tirent très bien, rires tonitruants à la clef). Je jouais au basket, au football, au volley-ball, un peu au badminton, j’écrivais pour le journal de l’école, des fois j’étudiais. Mylène voulait faire de la musique, du piano.
J’avais des camarades de classe qui n’en possédaient pas toujours (de classe), contrairement à la plupart de mes coéquipiers dans les équipes sportives, le sport étant évidemment une forme, un apprentissage, une possibilité d’acquérir le respect de soi et de l’autre. Mais ce n’est pas toujours le cas (la plupart des sportifs respectueux n’ont pas atteint les rangs professionnels, d’ailleurs, et on compte chez ces « pros » un pourcentage phénoménal de testostérone sur deux jambes, des trous du cul parfaits, des goujats, des mafieux, des tricheurs, des batteurs de femmes, qui ne sont pas loin de s’en vanter, ce qui reste sidérant pour un type comme moi ; des gars qui carburent aux hormones, aux cris, on dirait qu’ils se promènent avec une salle de spectacle faite juste pour eux). On y reviendra, mais pour l’heure, juste dire que dans le lot des rares imbéciles, parmi mes coéquipiers, il y avait « Boudreau » — appelons-le Boudreau.
Mylène « grosses boules » Tremblay. Cette toute jeune fille, poitrine généreuse il est vrai, doigts de fée, a marqué mon adolescence et ma vie. Quart-arrière, j’occupais une position avec un certain ascendant. (Vous devez vous figurer qu’au football, malgré ce qu’on vous en dira, il y a deux équipes dans une équipe : l’offensive et la défensive.) Eh bien, voici l’aveu : je ne suis jamais intervenu de façon définitive, faire taire une fois pour toutes « Boudreau », qui jouait middle-line-backer, à la défensive (c’est-à-dire, l’exacte position où on apprend à détester ce qui s’appelle un quart-arrière ; je répète : le détester ; on leur apprend que le quart-arrière est un morceau de viande).
J’ai bien dit ma façon de penser à ce porc, à propos de Mylène (qu’il prenait pour un morceau de viande), et devant tout le monde, pour qu’il se fasse une réelle idée du mal qu’il faisait, mais comme un lâche, je ne lui ai jamais rentré dans le lard (il pesait deux fois mon poids, faut dire), je n’ai jamais essayé de le museler comme il y a lieu de le faire avec certains veaux débiles et barbus qui ne comprennent rien, sinon leur logique de foire, des veaux qu’il faudrait sincèrement, au mieux, castrer, parce qu’ils doivent fermer leur gueule de temps à autre, ré-flé-chir, et surtout parce que, quand ils l’ouvrent, cette gueule, ils font très souvent mal au monde, ils polluent — vous connaissez sûrement des « Boudreau », ils travaillent peut-être avec vous.
Alors aujourd’hui, première vraie chronique de l’automne, (la rentrée des classes aussi, et donc tous ces phénomènes d’intimidation de multiples sortes), je parle enfin, c’est comme un coming out, et j’invite tous les profs à faire lire ce petit rien, à en parler avec les élèves, les étudiants. À ne pas commettre mon erreur: celle de se taire devant les matamores, ceux dont les cris et les rires dominent toute la pensée. Pour moi c’est trop tard, cette chronique ne réparera pas Mylène. Mais sincèrement : « Ta gueule, Boudreau », entends-tu ? Mylène n’était pas un morceau de viande. Et ses atouts, si je peux me permettre, étaient magnifiques ; un vrai cadeau pour le genre humain, comme tous les seins du reste.
Mais surtout pardon, Mylène. J’ai été lâche. Et je porte cette culpabilité, sachez-le bien.
Par contre, je sais reconnaître les « Boudreau » désormais. Et c’est grâce à vous. J’espère que vous jouez du piano quelque part. une sonate p

