Je n’écris pas « de nos jours », parce que je ne crois pas que « nos jours » soient très différents des jours de jadis, d’autrefois ou de naguère — ah, je vous vois prendre votre dictionnaire, c’est super. Et ce paragraphe, je le précise aussi au cas où ce ne serait pas évident, est une véritable position politique, un engagement, une conviction, en somme, vous avez lu un peu Camus ?)
Bref, voici le message quasiment intégral d’une lectrice, Line : « J’aimerais que vous écriviez un truc sur les bonjours forcés. Les employeurs tels que (X) obligent leurs employés à dire bonjour, à sourire. Ça sonne faux, et c'est désagréable, agaçant. J'ai l'impression qu'on me prend pour une imbécile. Il paraîtrait aussi que ce n'est pas bon pour la santé de forcer ses émotions. Du coup, c'est nuisible pour tout le monde: employés, collègues, clients. Un sourire, ça doit venir naturellement. Je l'ai fait remarquer à une voisine qui travaille chez (Y), elle m'a dit ne pas avoir le choix. »
J’enchaîne personnellement avec un extrait d’un article tiré du « Figaro » (février 2011) : « Une étude très sérieuse menée par l’Academy of Management Journal, aux Etats Unis, révèle que forcer ses émotions ou les nier au travail auraient des conséquences néfastes sur la santé. L’enquête démontre que les sourires forcés lorsque le moral est au plus bas déclenchent des troubles de l’humeur et un désintéressement total pour la tâche effectuée. Une étude du même type, dirigée en 2003 par la chercheuse canadienne Ursula Hess, amenait à la même conclusion : les employés qui expriment leurs sentiments seraient en bonne santé et ressentiraient une forme d’accomplissement personnel. Renier une émotion au profit d’une autre complètement factice peut se répercuter de diverses manières, crises d’insomnie ou mal de dos, par exemple. »
Nous vivons dans un univers de façades. (Admettons-le, mais sans capoter si c’est possible.) Comme si nous étions tous à nous-mêmes, seuls, dans notre monde. Bonjourçavaouitoi, par exemple. Ontologiquement, entendons-nous, ce n’est pas un problème (on vient au monde seul et on sera seul dans notre bière — autre détour par le dictionnaire, svp), mais il s’agit de le reconnaître, de l’assumer, donc de ne pas trop se jouer la comédie, et ensuite on pourra tous pédaler dans la direction qu’on veut, mais avec la tête sur les épaules, avec un sens critique aiguisé, afin qu’on ne se prenne pas l’un l’autre pour des valises. La politesse, comme toute chose, quand elle est victime de l’excès, devient un étendard du mensonge. Adresser un vrai bonjour, c’est déjà magnifique.
Me semble.
Voyez, j’ai presque rien écrit. Deux-trois idées un peu débiles ; des riens. jeanpierregirard.com

