Mais c’est pas tout ça, la paix, le bonheur saisonnier, guéling-guéling et tourtière, je prendrai donc le contrepied.
À l’approche de Noël, je vous souhaite de toucher cette Lumière qui fait aborder l’Autre (et tous les autres : races, couleurs et sexes confondus, religions et allégeances politiques confondues), comme quelqu’un qui a vécu le deuil, ou quelqu’un qui le vivra (ça ratisse très large, oui).
Je vous souhaite de trouver en vous, comme dans la ténacité de ceux qui vous côtoient, cette Grâce qu’on appelle la compassion, et de commencer chaque jour avec sourire à l’endroit des personnes que vous croiserez, même si votre connaissance de ces personnes vous pousse à croire qu’elles se moquent de vous, ou si vos expériences avec elles ont été malheureuses.
Ce n’est pas de l’angélisme, loin de là, mais plutôt cette intuition étrange que rien n’est jamais réglé pour toujours, que la vie n’est pas un métronome, que le destin, la destinée ou le sort n’y sont pour rien, et surtout que nous pouvons toujours jouer un rôle dans l’affaire, agir ; faire quelque chose, y compris nous taire, y compris nous retirer, y compris passer pour le coupable ou le lâche, afin d’éviter que les dégâts collatéraux ne viennent aggraver encore une situation.
Ce n’est pas le « Tendez l’autre joue », non plus, ou se poser comme victime, ou tout prendre sur soi, mais plutôt cette deuxième intuition que quelque chose (la compréhension, la bonté, l’altruisme, la ferveur, la littérature, appelez cela comme vous pouvez) nous dépasse, et que l’humilité devant notre propre désordre, ainsi que notre curieuse incompétence, font de nous les êtres fragiles que seules l’entraide et l’indulgence peuvent ennoblir. Il est peut-être aussi question de foi, ici. Très simplement.
C’est le temps dit « des Fêtes », j’ai le cœur qui vaque un peu, qui veut prendre le champ, il pleut sur Paris, j’ai hâte à notre neige, et je signe cette chronique sur la butte Montmartre, au pied du Sacré-Cœur où, chaque fois que je viens à Paris, je vais allumer un lampion pour tous ces êtres chers disparus.
Je traverse donc les festivités variées qui s’en viennent, pour vous souhaiter de serrer toutes ces mains, de frôler toutes ces joues, en cultivant une petite pensée pour la difficulté, voire la douleur de vivre, une pensée pour ce que les gens traversent ou traverseront, une pensée pour la compassion, et une autre pour les moments difficiles tapis dans les fourrés, et qui guettent chacun de nous. Voyons d’emblée cet Autre, qui avance vers nous, avec toute sa fragilité et son histoire ; voyons-le comme quelqu’un qui avance, malgré elles.
Et en attendant dinde et ragoût, pourquoi ne pas réfléchir à quelqu’un que vous aimez, là, tout de suite, et vous dire que cette personne est en train de penser à vous, elle aussi. Et que cette pensée tranquille, tenez-vous bien, la fait sourire. (Qui sait si elle ne lit pas la même chronique, du reste? Pouvez la lui envoyer, tiens.)
Beau Noël. Retour quelque part en janvier. jeanpierregirard.com

