Alors. Je veux perdre ma vie de vue, j’avoue, ça arrive, et je me retrouve trois nuits à Québec avec ma sœur, mais en même temps je ne veux pas y être. Je veux ce que j’ai, mais pas tout, il y a plein de superflu. Et je ne le veux pas souvent de la même manière. (C’est juste le début, tenez bon.)
J’ai à peu près ce que je veux, mais je n’ai pas ce que je veux réellement. Je cours, je lis, j’écris, je bois des fois plus que ne le recommande le guide alimentaire canadien, et je trouve assez coquet qu’on me le fasse remarquer, mais j’aime les gens avec lesquels je m’assoie, sans exception, sinon je n’occuperais pas une chaise près d’eux; si je suis près de quelqu’un, c’est que je veux être là.
Je voudrais aussi vouloir vraiment ce que je dis vouloir. Mais c’est un peu faux, déjà, alors ça recommence, parce que je n’ai pas toujours vraiment envie de ce que je réclame à grands cris, ce que j’appelle de tous mes vœux. (Et je mentionne que je ne veux pas vouloir tout à fait les choses que je veux ; je voudrais bien vouloir des choses dont je n’ai pas besoin, mais je ne les veux pas.)
Wrrouf. Vous riez peut-être, si vous êtes encore là (et si vous avez lu à haute voix). Mais c’est littéralement de poésie et d’altérité dont on essaie de parler, juré. Des riens : des nécessités invisibles qui modulent nos vies sans que nous le sachions, et qui s’infiltrent dans les corridors ulcérés de nos veines pendant que nous regardons qui va scorer aux tirs de barrages. (D’autres que moi le savent, d’ailleurs, et certains rentabilisent ce savoir. Ils veulent que vous votiez pour eux, ou que vous achetiez leurs livres. Dieu fasse que nous les laissions braire.) « Méfiez-vous ». C’est ça l’idée. Et pour se méfier sans se comporter en con, il faut doucement, à notre rythme, se poser la question de temps à autre. Est-ce que vous voulez ce que vous voulez ?
Si vous ne trouvez pas de vitale ironie (qui n’a rien à voir avec l’humour) dans cette chronique, des hommes ou des femmes politiques vont le lire sur votre visage, des publicitaires vont vous vendre des barres de savon pendant que vous regardez la mer, des chroniqueurs vont vous imposer leur névrose, ils seront super cool dans leurs formulations, et jusqu’à la blessure ils iront, et vous aimerez ça.
Vous avouer ici un secret, cette chronique est modulée comme une partition : chronique musicale. Quinze heures de ma vie. (Dites-moi, êtes-vous si différents de cette mélodie, vous ? Êtes-vous si éloignés de ces minuscules nuances qui nous font risquer de nous rencontrer ? Ces riens, ces détails, ces occasions d’amitiés, devant la fragilité de la dérive du monde, et devant notre rôle? Je parie que vous n’êtes pas loin de vouloir rugir avec moi.)
Et si c’est vrai, eh bien nous serons cerbères, oui si c’est vrai, eh bien nous serons frères. jeanpierregirard.com

