Mais : trop de démagogies, de phrases incendiaires, de sauf-conduits qu’on s’accorde à soi-même, de journaux qui désinforment ; trop de moralistes qui vous disent quoi penser, et ils le font avec une ignominie, une traîtrise, un goût du pouvoir et de la tribune qui discréditent les analystes un peu plus fins, qui tentent de faire comprendre plutôt que de dire où tourner.
Cette chronique prendra donc l’allure d’un appel. Celui d’une réflexion individuelle. J’ai l’intuition que ce printemps, nous pouvons faire quelque chose. Je veux dire : vraiment. D’aucuns diraient : le moment propice pour questionner ce que nous pensons être des valeurs, et qui ne sont en fait que des habitudes. Un changement de paradigme, avanceraient les zélés de l’ère du Verseau. C’est un printemps qui offre une conjoncture particulière, je suppose (les indignés, le mouvement étudiant, le difficile débat sur « L’aide médicale à mourir », etc.), je sais pas trop, mais une conjoncture qui ouvre une lucarne. (À Cap Canaveral, avant un lancement de fusée, ils observent les mouvements des nuages et les perturbations au-dessus de l’Australie, afin de calculer la poussée et l’inclinaison de la montée, pour que la fusée s’infiltre dans ladite lucarne.) À nous de nous glisser vers cette ouverture.
Car ce printemps, peut-être la possibilité de questionner sereinement nos propres attitudes est-elle, par quelque mouvement de planète ou de foule dans les rues, possible. Envisager sérieusement, par exemple, l’immense différence de forme entre une polémique et un débat me semble faisable, j’ai l’impression que tout conjugue vers une sorte de lumière, qu’on repére avec plus de facilité les ergoteurs, les chroniqueurs démagogues. Parler vraiment de l’avenir et du rôle que nous pouvons jouer ; se poser les questions difficiles.
Des exemples. Est-ce qu’on sert une idée personnelle ou une cause ? À quel moment s’efface-t-on pour l’une ou l’autre ? Est-ce que la phrase virile, le geste médiatisé ou l’adverbe musclé viennent éclairer un sujet ou au contraire, le voiler ? Montaigne, l’humble, ou Ronsard, le fendant qui se voyait dans les étoiles de la Pléiade (deux humanistes, je précise) ? Est-ce qu’on regarde le hockey pour le hockey ou pour ses bagarres ? Est-ce qu’on frappe l’adversaire pour l’arrêter, ou on obtient des primes pour le blesser ? Qu’est-ce que l’éthique ? Qu’est-ce que la grâce et la compassion ? Qu’est-ce que le silence de l’autre et quelle importance lui accordons-nous ? Que poursuivent réellement les étudiants ? Bousculer nos convictions, n’est-ce pas précisément leur rôle ? Falardeau, de regrettée mémoire, a-t-il servi la cause de la souveraineté davantage qu’il lui a aliéné, par la forme, des indécis moins frondeurs ?
Il y en a des tas, des questions inconfortables. Mais ce printemps, à travers les murmures de chacun ; sortir la tête des tabloïds et se faire une idée à soi. C’est une intuition, donc : il y aurait dans ce printemps comme un appel de phares, une sorte d’occasion à saisir.
Et au passage, on applaudira bien fort les vrais sportifs, mais gardons-nous une petite gêne à l’idée d’emprunter au sport ou à la guerre leur vocabulaire : ce serait laisser le monde aux goons et aux spécialistes de l’esclandre. jeanpierregirard.co

