Notre responsabilité première, comme être humain, est donc de faire attention, de prendre garde. « Primum non nocere » : d’abord ne pas nuire (« Traité des épidémies », Hippocrate). Faire attention, penser un peu à cet individu qui se présente devant nous ou qui nous lit, est déjà une façon de nous protéger les uns les autres.
C’est pourquoi certains acteurs sociaux (blogueurs, éditorialistes, chroniqueurs, animateurs, conférenciers, enseignants, etc.) peuvent être dangereux. Certains approchent une allumette d’un feu qui couve, comme des aveugles ou des fous. Sans prendre garde, sans précaution autre que de livrer leur tranchante vision des choses. Et ensuite, ils se disculpent. « C’est ma liberté d’expression ! » Ils se pointent avec une allumette, mais auraient tout aussi bien pu arriver avec un sourire, voire une caresse. Malheureusement, essayer d’apaiser plutôt que d’attiser la hargne ne fait pas de la bonne copie, ni de la bonne guerre bien baveuse où on s’enguirlande en mettant de côté les terribles effets collatéraux de ce climat de champ de bataille. Leur liberté, eux, c’est de se promener avec un chalumeau dans les stations service. Et ils en ont le droit. Et ils invoqueront ce droit.
Pardonnez-moi, aujourd’hui, je ne suis pas le genre à ça, mais leur foutue liberté d’expression, c’est clair, ouvre la porte à des excès déments, quand tout le monde finit par trouver normal de mettre de l’avant sans précaution son étroite vision du monde. Cette liberté d’expression, si chère pourtant à mes yeux, devient pour ces pyromanes un prétexte pour expulser le bon sens au profit du « droit » de faire les choses. Des limites sont dépassées désormais, et le spectacle de ces limites dépassées entraîne lui-même des conséquences incalculables. (Comme ce type qui invoquait sa liberté d’expression, figurez-vous, pour continuer de diffuser sur youtube la vidéo du dépeçage du jeune chinois découpé par le psychopathe Magnotta. Du pur délire.) Ce que nous nous permettons, sans faire attention, peut enflammer la paille, et là-dessus chaque acteur public, y compris moi, doit faire un examen de conscience sérieux, pour reconnaître quel rôle latent a pu jouer dans l’horreur notre propre penchant pour la phrase incendiaire, celle qu’on peut taire. Car c’est parfois nous qui donnons le premier coup d’aile, pas le papillon, et la tornade survient au bout du monde, ou dans notre propre cour. Nous sommes responsables de réfléchir aux conséquences de nos avancées. Soyons prudents, juste ça.
Et ceux qui nient la responsabilité accolée à la parole publique, ceux qui ne prennent pas d’abord soin de leurs semblables n’ont aucune décence, nous prennent pour du bétail. Je ne sais pas si peux être plus clair. Ces salopards vont ensuite invoquer leurs droits.
J’espère qu’ils trouveront la justice et le bon sens dans le cadre de leur porte, sinon c’est foutu, on verra ce prestigieux projet qu’est le monde libre, perdre pierre après pierre. jeanpierregirard.com


Foutue liberté d’expression !!! ---------------------------------------------- La liberté et la liberté d’expression sont deux des plus belles créations des démocraties et des révolutions. Mais on oublie trop souvent que la liberté, quelle qu’elle soit, n’est pas un espace illimité à travers lequel tout est permis. La liberté et la liberté d’expression sont malheureusement trop souvent le terrain des jeux dangereux de celles et ceux qui « approchent une allumette d’un feu qui couve, comme des aveugles ou des fous » ; et puis qui se disculpent en disant « c’est ma liberté d’expression ». Elles sont trop souvent le terrain d’expression de celles et ceux qui la minent de l’intérieur en invoquant le droit, la liberté de « se promener avec un chalumeau dans les stations-services ». Loin de moi, l’idée de (re)mettre en cause, l’immense acquis que constitue la liberté d’expression dans n’importe quel pays du monde. Mais cette foutue liberté d’expression est et devient trop souvent le bâton que les amoureux de liberté(s) offrent benoîtement aux liberticides pour mieux les battre ; quand ce n’est pas pour les assassiner. A ce propos, un exemple récent, puisé dans l’actualité belge, me vient à l’esprit. C’est celui de ce porte-parole auto-proclamé d’un adepte de la charia et plus largement de la haine raciale, culturelle et religieuse qui, profitant de la liberté d’expression qui lui est accordé, comme à tous les ressortissants d’un pays, en profite pour poignarder dans le dos, ce même pays et indirectement toutes celles et ceux qui y vivent. Cet exemple, j’aurais pu le trouver et le choisir dans n’importe quel pays du monde. Dès lors, je m’interroge souvent ces derniers temps à propos de la meilleure façon de cultiver la liberté et la liberté d’expression tout en les débarrassant des mauvaises herbes qui en étouffent les plus belles fleurs. Et sans doute n’ai-je pas fini de chercher la réponse à ce problème sans doute insoluble.