Le cinéma, pourtant, n’est pas qu’un banal divertissement. Faire et regarder des films sont aussi des activités éminemment politiques. Comme l’écrit le romancier et militant de gauche Claude Vaillancourt, « les cinéastes donnent un sens aux sujets politiques et sociaux qu’ils abordent ». Même si les spectateurs se contentent souvent de prendre plaisir à se faire raconter une bonne histoire, « un certain message parvient toutefois à passer ».
Le cinéma, en d’autres termes, dit toujours quelque chose, véhicule des messages. Même le film le plus insignifiant, qui ne souhaite que distraire et éviter les questions graves, a un effet politique. « Le cinéma devient anesthésiant, explique Vaillancourt, et l’absence de contenu significatif correspondrait à une volonté de perpétuer l’aliénation ». Inciter les gens à mettre leur « cerveau à off », selon une formule célèbre, est politique dans le sens où cela revient à les conforter dans leur bêtise.
Dans Hollywood et la politique (Écosociété, 2012), un éclairant petit essai qu’il vient de faire paraître, Claude Vaillancourt invite les amateurs de cinéma américain à développer un point de vue critique sur les films dont ils se nourrissent. Lui-même amateur de cinéma hollywoodien, l’écrivain ne dit pas que tous ces films sont mauvais et qu’il vaudrait mieux n’écouter que des films français ou québécois (ça, c’est moi qui ai envie de le dire). Il veut simplement faire prendre conscience aux cinéphiles de la portée politique de chaque film, tout en insistant sur le fait « qu’être attentif aux messages qu’on nous adresse n’entrave en rien le plaisir de voir une bonne réalisation, bien au contraire ».
Le cinéma d’Hollywood, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’hésite pas à aborder directement des sujets politiques et sociaux. Ce sont les films de ce genre, précisément, qu’analyse Vaillancourt dans son livre. Selon lui, on peut classer ces films en trois grandes catégories : le cinéma du statu quo, le cinéma du questionnement et le cinéma subversif.
Les films de la première catégorie relèvent de la propagande en faveur de l’« american way of life ». Dans Rocky IV, par exemple, le simple et authentique boxeur américain gagne contre le géant soviétique sans états d’âme, entraîné en laboratoire. Le capitalisme, nous dit par là Stallone, est tellement plus humain que le communisme! De plus, tous les films qui mettent en scène des catastrophes naturelles menaçant l’humanité peuvent sembler sans message évident, mais ils entretiennent dans les têtes le besoin d’être protégé par des autorités bienveillantes, comme l’armée, auxquelles il faut donc faire confiance.
Les films de la deuxième catégorie critiquent les puissants et les possédants, mais finissent souvent par vanter les mérites de la société américaine individualiste. Dans Avatar, par exemple, le cinéaste James Cameron raconte l’histoire d’une grande compagnie qui écrase de bons Autochtones et prend le parti de ces derniers. Or, le vrai héros de cette histoire est un bon Blanc pacifiste qui sauve la pauvre tribu en usant de violence!
Vaillancourt reconnaît que certains films hollywoodiens sont vraiment subversifs et critiquent les ratés de la société américaine (il cite notamment les documentaires de Michael Moore), mais il souligne qu’ils sont tout de même plutôt rares. Il nous invite donc à ne pas être naïfs et à prendre conscience que les messages d’Hollywood sont d’abord au service d’un ordre établi favorable à une élite dirigeante et argentée.
La prochaine fois que vous regarderez un film hollywoodien, ne mettez pas votre « cerveau à off ». N’oubliez pas que ceux qui vous divertissent ont un programme politique qui ne vise pas souvent votre libération.
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