Pourtant, quand j’entends les François Legault et Line Beauchamp affirmer qu’il faudrait les abolir ou couper leur financement de moitié, je m’inquiète un peu. Quand ces politiciens aux idées simplistes nous promettent que cela permettrait de mieux financer les écoles, j’ai des doutes. Et je ne suis pas le seul à en avoir. « Il faut se méfier de ces débats de structures qui m’apparaissent assez clairement des faux-fuyants, alors qu’on devrait se préoccuper des débats de fond », déclarait récemment Paul Gérin-Lajoie, ancien ministre de l’Éducation à qui l’on doit le système scolaire québécois moderne.
Pierre Grandchamp a travaillé pendant 33 ans dans le monde scolaire. À l’époque, pas si lointaine, où j’étais élève aux écoles secondaires Bermon et L’Érablière, il y travaillait comme orienteur. Aujourd’hui retraité, Pierre Grandchamp est un homme informé et un défenseur d’une école publique de qualité. Dans un texte qu’il m’a envoyé, il explique pourquoi il s’oppose à l’abolition des commissions scolaires.
« Je ne pense pas, écrit-il, qu’il y ait beaucoup de gras dans l’administration scolaire locale. » Le Journal de Montréal, ces dernières années, a bel et bien déniché quelques cas scandaleux de dépenses abusives à ce palier administratif, mais il s’agirait là plus de dérapages isolés que de la norme.
Plusieurs services assumés par les commissions scolaires, continue Pierre Grandchamp, exigent une coordination qui dépasse l’école. Parmi ceux-ci, Grandchamp mentionne la perception des taxes, les archives (bulletins des élèves), l’enseignement professionnel, le service des équipements et de l’entretien des bâtiments, l’enseignement aux élèves en difficultés d’apprentissage, l’éducation des adultes, le service d’informatique, les services pédagogiques et le transport scolaire.
Abolir les commissions scolaires, ou réduire sérieusement leur financement, impliquerait donc de transférer une grande partie de ces missions aux écoles, ce qui, dans bien des cas, représenterait un véritable casse-tête et pourrait avoir pour conséquence inattendue d’éloigner le centre de décision de la région. « Faire disparaître la commission scolaire, explique Pierre Grandchamp, cela signifie envoyer le centre de décision à Sainte-Thérère-de-Blainville [où se trouve la direction régionale du ministère de l’Éducation]. »
Cadre dans le secteur de l’éducation pendant plus de 30 ans, le retraité Guy Gagné abonde dans le sens de Grandchamp, dans un texte publié sur Cyberpresse le 21 octobre dernier. « Si beaucoup plus de responsabilités étaient dévolues aux écoles elles-mêmes, écrit-il, chacune de celles-ci, incluant les 715 qui ont moins de 100 élèves, devrait se doter d’effectifs en pédagogie, en ressources humaines, en finances, en entretien de bâtiment, en informatique, en transport, etc., plutôt que de faire appel à celles du centre administratif. On créerait alors 2886 minicommissions scolaires et les coûts exploseraient, même après avoir hypothétiquement créé des coopératives de services dans certains secteurs. »
Plusieurs directeurs d’école voient d’un bon œil l’éventualité de l’abolition des commissions scolaires puisque ces dernières leur imposeraient de remplir une lourde paperasse. Gagné les incite à la prudence, en leur rappelant que ces demandes administratives, dans presque tous les cas, émanent du ministère. On peut ajouter, ici, que l’odieuse proposition de Line Beauchamp, suggérant de financer les écoles sur la base de leur performance, ne réduirait certes pas la paperasse et créerait de profondes injustices sociales.
Une réforme du fonctionnement actuel des commissions scolaires est peut-être souhaitable, notamment en ce qui a trait à l’élection des commissaires et à la gestion du personnel enseignant (le principe de la supplantation serait à revoir), mais toute démarche en ce sens exige plus de prudence que de simplisme politicien.
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