Le 26 septembre dernier, les citoyens de Chertsey rencontraient la présidente et la directrice générale du Centre de santé et de services sociaux du nord de Lanaudière (CSSSNL), Nadine Boire et Marie Beauchamp, pour leur demander de réagir à la situation. La principale réponse fournie par ces deux responsables est carrément scandaleuse.
« Il y a une responsabilité populationnelle à faire valoir la municipalité, a en effet déclaré Nadine Boire dans son jargon administratif. Il faut continuer à faire pression comme vous le faites auprès des autres instances et devenir charmant, charmeur, pour attirer les médecins ici. » Pardon?! Quoi?! Avons-nous bien entendu? La présidente du CSSSNL vient-elle vraiment de nous dire qu’il revenait aux citoyens, comme dans un film, de « séduire » les médecins pour avoir droit à des services de santé? Ainsi, payer ses taxes et impôts, désormais, ne suffirait plus? Il faudrait en plus, maintenant, se transformer en guidounes pour avoir droit à des soins de santé?
Cette réponse révoltante n’a pas échappé aux dirigeants du CSSSNL puisque, le 19 octobre, Marie Beauchamp et Jean-Claude Berlinguet, directeur régional des affaires médicales et universitaires de l’Agence de la santé et des services sociaux de Lanaudière, la répétaient aux gens de Brandon, à Saint-Gabriel. « On nous demande d’être séduisants, mais c’est assez difficile, car nous n’avons peut-être pas tous les outils nécessaires », a répliqué Frédérick Pigeon, conseiller municipal à Saint-Damien.
Ça veut dire quoi, d’ailleurs, « être séduisant » aux yeux d’un médecin? Lui offrir la plus belle fille ou le plus beau gars du village? Ne plus être pauvre et malade? J’imagine, j’espère que ce n’est pas ça. Est-ce que ça signifie, alors, fournir gratuitement au médecin son lieu de pratique, son personnel et son équipement? Cela existe déjà dans les CLSC, mais sans succès, parce que le salaire du médecin est alors ajusté à la baisse. Cela commence aussi à exister avec certains projets de coopératives médicales, mais cette formule, parce qu’elle s’apparente à une forme de privatisation en douce du système, n’est pas acceptable pour ceux qui ont à cœur la justice sociale.
Quand j’étais jeune, à Saint-Gabriel, les médecins nous soignaient quand nous étions malades. Nous n’avions pas besoin d’être séduisants pour avoir droit à leur attention. Je me souviens du docteur Boutet, qui venait soigner ma grand-mère à domicile, du docteur Roy, qui était venu coudre, chez moi, le visage de mon frère, mordu par un chien.
Ces médecins ne nous faisaient pas une faveur. Ils étaient nos voisins, vivaient sans se plaindre dans nos villages ordinaires, dont ils étaient souvent issus, et faisaient leur métier. Avec l’augmentation des droits de scolarité, d’ailleurs, on peut même présumer que de moins en moins de jeunes provenant de petits villages et des classes populaires auront la chance de devenir médecins et de revenir soigner les gens de leur milieu. Ces derniers seront-ils alors condamnés à devenir des guidounes pour attirer les savants étrangers?
« Un État responsable, écrit Françoise David, de Québec solidaire, dans son plus récent ouvrage intitulé De colère et d’espoir, a parfaitement le droit d’exiger que les médecins travaillent là où on a besoin d’elles et d’eux. » S’il le faut, que le gouvernement impose donc un service civil de 10 ou 15 ans aux nouveaux médecins, pendant lequel ils iront là où il y a des besoins. Les citoyens de partout au Québec n’ont pas à faire la belle pour avoir accès à des soins de santé publics de qualité.
louisco@sympatico.ca

