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On n’est pas des guidounes!

Louis Cornellier
Publié le 9 Novembre 2011
Publié le 7 Novembre 2011
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L'Action

À Chertsey, les citoyens sont inquiets. Depuis que le seul médecin du CLSC est parti, il n’y a plus de consultations sans rendez-vous dans la municipalité. Dans la région de Brandon, la même inquiétude règne. D’ici cinq ans, les trois médecins du CLSC de Saint-Gabriel seront probablement à la retraite et les trois ou quatre médecins qui pratiquent en cabinet ne suffisent plus à la tâche. Tous ces citoyens paient des taxes et impôts comme les autres, mais ont de moins en moins accès à des services de santé, pourtant censés être universels au Québec.

Sujets :
Agence de la santé et des services sociaux de Lanaudière , Chertsey , Lanaudière , Saint-Gabriel

Le 26 septembre dernier, les citoyens de Chertsey rencontraient la présidente et la directrice générale du Centre de santé et de services sociaux du nord de Lanaudière (CSSSNL), Nadine Boire et Marie Beauchamp, pour leur demander de réagir à la situation. La principale réponse fournie par ces deux responsables est carrément scandaleuse.

« Il y a une responsabilité populationnelle à faire valoir la municipalité, a en effet déclaré Nadine Boire dans son jargon administratif. Il faut continuer à faire pression comme vous le faites auprès des autres instances et devenir charmant, charmeur, pour attirer les médecins ici. » Pardon?! Quoi?! Avons-nous bien entendu? La présidente du CSSSNL vient-elle vraiment de nous dire qu’il revenait aux citoyens, comme dans un film, de « séduire » les médecins pour avoir droit à des services de santé? Ainsi, payer ses taxes et impôts, désormais, ne suffirait plus? Il faudrait en plus, maintenant, se transformer en guidounes pour avoir droit à des soins de santé?

Cette réponse révoltante n’a pas échappé aux dirigeants du CSSSNL puisque, le 19 octobre, Marie Beauchamp et Jean-Claude Berlinguet, directeur régional des affaires médicales et universitaires de l’Agence de la santé et des services sociaux de Lanaudière, la répétaient aux gens de Brandon, à Saint-Gabriel. « On nous demande d’être séduisants, mais c’est assez difficile, car nous n’avons peut-être pas tous les outils nécessaires », a répliqué Frédérick Pigeon, conseiller municipal à Saint-Damien.

Ça veut dire quoi, d’ailleurs, « être séduisant » aux yeux d’un médecin? Lui offrir la plus belle fille ou le plus beau gars du village? Ne plus être pauvre et malade? J’imagine, j’espère que ce n’est pas ça. Est-ce que ça signifie, alors, fournir gratuitement au médecin son lieu de pratique, son personnel et son équipement? Cela existe déjà dans les CLSC, mais sans succès, parce que le salaire du médecin est alors ajusté à la baisse. Cela commence aussi à exister avec certains projets de coopératives médicales, mais cette formule, parce qu’elle s’apparente à une forme de privatisation en douce du système, n’est pas acceptable pour ceux qui ont à cœur la justice sociale.

Quand j’étais jeune, à Saint-Gabriel, les médecins nous soignaient quand nous étions malades. Nous n’avions pas besoin d’être séduisants pour avoir droit à leur attention. Je me souviens du docteur Boutet, qui venait soigner ma grand-mère à domicile, du docteur Roy, qui était venu coudre, chez moi, le visage de mon frère, mordu par un chien.

Ces médecins ne nous faisaient pas une faveur. Ils étaient nos voisins, vivaient sans se plaindre dans nos villages ordinaires, dont ils étaient souvent issus, et faisaient leur métier. Avec l’augmentation des droits de scolarité, d’ailleurs, on peut même présumer que de moins en moins de jeunes provenant de petits villages et des classes populaires auront la chance de devenir médecins et de revenir soigner les gens de leur milieu. Ces derniers seront-ils alors condamnés à devenir des guidounes pour attirer les savants étrangers?

« Un État responsable, écrit Françoise David, de Québec solidaire, dans son plus récent ouvrage intitulé De colère et d’espoir, a parfaitement le droit d’exiger que les médecins travaillent là où on a besoin d’elles et d’eux. » S’il le faut, que le gouvernement impose donc un service civil de 10 ou 15 ans aux nouveaux médecins, pendant lequel ils iront là où il y a des besoins. Les citoyens de partout au Québec n’ont pas à faire la belle pour avoir accès à des soins de santé publics de qualité.

louisco@sympatico.ca

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Louis Cornellier
    - 11 Novembre 2011 à 18:23:58

    Précision du chroniqueur. Dans le premier paragraphe de mon texte, j'aurais plutôt dû écrire "le seul médecin du CLSC qui accepte les consultations sans rendez-vous". Il y a, en effet, d'autres médecins au CLSC de Chertsey, mais ils ne sont pas en mesure, pour de bonnes raisons, d'assurer ce service. Je remercie madame Christiane Morin, qui m'a souligné mon erreur. Louis Cornellier

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  • Nom de l\'usager
    Robert Grandchamp
    - 10 Novembre 2011 à 22:35:21

    Jeudi 10 novembre 2011 Selon moi, pour attirer les médecins dans des zones dites défavorisées, serait que le gouvernement donne une réduction des impôts qu’aurait à payer ces médecins, un pourcentage comme 10 % ou variables selon leur rendement, leur disponibilité, ou toute autre évaluation pouvant les inciter à venir dans nos régions, comme Chertsey, ou St-Gabriel de Brandon, ou ailleurs, car il y maints endroits qui n’ont pas de médecin de famille. Je suis tout à fait en accord avec Monsieur Corneillier que l’on ne séduit pas les professionnels, comme ça. On ne peut pas le faire comme l’émission la Petite Séduction, qui est surtout pour le spectacle. La réalité pour de tels professionnels ce doit être plus monétaire comme une économie sur les impôts pourrait apporter surement un attrait pour eux. Les conditions pourraient être définies afin que le médecin s’imprègne dans la communauté directe par ses investissements immobiliers et une vie sociale dans la région même. La perte que subirait le ministère du Revenu par ces réductions d’impôt serait récompensée par d’abord le service que mérite les gens qui ont ce besoin de la santé, et en plus l’économie des déplacements que doivent subir les gens qui ne sont pas dans les villes porche d’hôpital ou des grands centres médicaux. De plus, le Bureau des Médecins devrait être plus ouvert à aider pour perfectionner des immigrants à s’intégrer dans la profession, comme les rendre apte à pratiquer dans le Québec, car déjà ces immigrants (docteur) ont la formation de leur pays, mais qu’il soit possible d’adapté leur formation à l’équivalence qu’exige le Bureau de la Médecine du Québec. C’est mon opinion que je vous émets.

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  • Nom de l\'usager
    serge lefebvre
    - 10 Novembre 2011 à 18:25:14

    Merci monsieur Cornellier d'intervenir à ce stade-ci dans la problématique des médecins. Dans l'article de ce mercredi à la page 14, "Le ministre Bolduc à la Chambre de commerce du Grand Joliette", il n'est pas plus songé alors qu'il répond entre autres choses à M.Gaétan Gravel, préfet de la MRC d'Autray et maire de Saint-Gabriel..."tourner vos regards vers l'Europe...". Nous du mouvement de pression "Nous Existons !" avons eu l'occasion de rencontrer les autorités du CSSSNL trois fois déjà et nous obtenons des réponses à nos questionnements mais des réponses seulement. Le concret est bloqué dans les bureaux à Québec et au Collège des médecins! Votre commentaire expose très bien la pauvre situation dans laquelle le Grand Brandon surnage. L'AQDR Brandon a toute les raisons de s'impliquer à fond dans ce débat et de travailler de concert avec les autorités locales (préfets, maires, conseillers). Encore une fois merci à vous et merci à notre député André Villeneuve pour son implication. Serge Lefebvre, Saint-Damien

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  • Nom de l\'usager
    Olivia Pelka
    - 10 Novembre 2011 à 12:13:13

    Je suis d'accord avec vous. Moi aussi je trouve aberrant d'envisager que certaines régions puissent devoir séduire des médecins. Mais comme moi-même je n'ai pas la chance d'avoir de médecin, j'envisagerais sérieusement, si jamais j'avais des inquiétudes concernant ma santé, à me tourner vers le privé. Les valeurs et les théories, c'est bien. Mais quand il s'agit de notre propre santé, ou de celles de nos enfants...

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