Si Nadeau avait lancé cet appel il y a trois ans, je n’aurais pas eu cette réaction immédiate. J’aurais probablement trouvé de bonnes raisons de me défiler. Or, en 2009, j’ai lu un ouvrage qui a complètement changé ma perspective sur l’aide humanitaire. Depuis, en effet, je donne 1 % de mon revenu annuel à des organismes qui agissent pour sauver des vies dans le tiers-monde.
Qualifié de superstar de la philosophie et de l’éthique par le magazine L’Actualité en 2005, le philosophe australien Peter Singer est l’auteur de Sauver une vie (Michel Lafon, 2009), le livre qui m’a incité à donner mon 1 %. Dans cet ouvrage, Singer utilise une analogie. Le matin, en allant travailler, vous passez près d’un étang dans lequel des enfants s’amusent. Vous vous apercevez, tout à coup, que certains des enfants sont en train de se noyer. Qu’allez-vous faire? Pour les sauver, vous allez devoir mouiller vos souliers et vos vêtements. Mais que vaut ce désagrément par rapport à une vie sauvée? Vous allez donc agir, parce que la morale le commande. S’il y a quatre passants et quatre enfants en train de se noyer et que chacun des passants fait son devoir, tout va bien. Or si, après avoir sauvé un enfant, vous vous rendez compte que les autres passants ne réagissent pas, qu’allez-vous faire? Vous allez replonger, parce que l’inaction des autres ne rend pas la vôtre plus justifiable.
Devant les enfants du tiers-monde qui vivent dans l’extrême pauvreté et souvent en meurent, nous sommes comme ces passants près de l’étang. Nous avons le devoir et le pouvoir de les sauver, moyennant un petit désagrément, c’est-à-dire quelques dollars de moins dans nos poches. Aussi, comme l’écrit Singer, « le fait de ne pas donner aux organisations caritatives est tout à fait condamnable ».
D’un point de vue éthique, explique le philosophe, la charité n’est donc pas optionnelle. On ne peut pas se contenter de trouver que c’est mieux de la faire, mais qu’on pourrait s’en abstenir. « Ceux qui ont assez d’argent pour le dépenser en objets de luxe [restaurant, cinéma, concert, vêtements, gadgets technologiques, décoration de la maison, nouvelle voiture, voyages] doivent porter une part de responsabilité dans les morts qu’ils auraient pu prévenir », déclarait Singer à L’Actualité en 2005.
Le jugement du philosophe est sévère, mais il fait réfléchir. Il devrait, surtout, faire agir. Singer ne propose pas que nous nous appauvrissions en donnant tout aux pauvres du tiers-monde. Il évalue que si chaque adulte d’un pays développé et gagnant au moins 27 500 $ donnait 100 $ (0,4 % de son revenu annuel) pendant les 15 prochaines années, la pauvreté dans le monde pourrait presque être éradiquée.
Or, comme certains de ces citoyens restent sourds à la morale, Singer suggère plutôt aux autres de viser un taux de 1 %, pour ceux qui gagnent 100 000 $ ou moins. Les plus riches devraient se soumettre à un taux progressif qui va jusqu'à 33 % du revenu annuel pour ceux qui gagnent 10 millions de dollars. Pour la plupart d’entre nous, donc, un don de 1 % peut être considéré « comme le minimum auquel chacun doit s’astreindre pour mener une vie conforme à la morale ».
La justice vaut mieux que la charité, et on peut souhaiter que cette dernière, un jour, ne soit plus nécessaire parce que la première règnera. D’ici là, il faut se battre pour un système social plus juste, mais ne pas se soustraire au devoir de charité, surtout envers les pauvres du tiers-monde dont la vie même est menacée. Il y a des organismes fiables pour relayer notre aide (Fondation 3 % tiers-monde, Oxfam, Développement et Paix).
Alors que vous vous apprêtez à magasiner ou à partir dans le sud pour Noël, des gens se noient dans l’extrême pauvreté. Ils n’ont pas besoin que vous vous rendiez intéressants en allant monter le Kilimandjaro pour eux. Ils ont besoin de votre 1 %.
louisco@sympatico.ca


Votre article est venu à ma connaissance par le facebook de Développement et Paix. je vous en félicite, M Cornelier. Je ne partage pas le cynisme d'un Michel Leclerc. Je suis un bénévole de Développement et Paix. Nous n'envoyons pas de coopérant qui encaissent leur chèque de paie ici au Canada. Nous travaillons en urgence le plus souvent avec le réseau de Caritas Internationalis. Les Caritas locales sont déjà implantées dans les communautés, ne font pas de prosélytisme et travaillent avec des ONGs, non pas des agences gouvernementales. C'est déjà l,Avent! J'invite les personnes de bonne volonté à joindre nos rangs, que ce soit comme membre actif ou comme donateur mensuel "Partagens". Nous oeuvrons en partenariat avec les organisations de la base sociale dans les communautés appauvries sur 4 continents depuis 1967. Nous accepterons vos dons avec gratitude sur www.devp.org Nos programmes ne servent pas qu'à prodiguer vivres eau et soins requis. Nous travaillons toujours également à renforcer la résilience des communautés locales et à leur prise de pouvoir sur leur devenir. Même dans les pays où la gouvernance est corrompue et dysfonctionnelle, nos partenaires, en se tenant près des gens sur le terrain justement, trouvent avec par et pour les communautés des moyen de progresser de façon durable: éducation, démocratie, santé droits humains, agriculture locale, conservatoin des ressources et de la biodiversité, entrepreneuriat coopératif, accès à l'eau, adaptatoin au réchauffement du climat. Prenons garde de ne pas être condescendants, arrogants, humiliants. Ce sont nos frères et nos soeurs en humanité que aidons. Les pauvres sont nos égaux et ils nous faut leur faire confiance, car ils sont celles et ceux qui savent quoi faire exactement pour améliorer leur sort. Le peu que nous leur apportons n'est pas de la charité, c'est un juste retour des choses. IL suffit d'être circonspect et de bien s'informer sur les moyens d'action de tel ou tel ONG dans cette industrie qu'est devenue, il est vrai, l'aide internationale. IL y a du vrai dans le commentaire de Michel Racine, mais il ne faut tout de même pas généraliser. En ce moment Développement et Paix, qui compte 10,000 membre au Canada, amasse des fonds pour la ThaÏlande frappée par des inondations inouïes causées en partie par "El Ninà", alors qu'en Amérique latine, c'est la sécheresse qui frappe. Solidaires, nous le sommes avec vous des petits agriculteurs qui peuvent rafraîchir la Terre tout en nourrissant 70% de la population mondiale. Nous faisons de l'éducation populaire et du plaidoyer ici au Pays pour que nos concitoyens comprennent mieux les enjeux de la Sécurité et de la Souveraineté alimentaire au Sud, ainsi que et la dette écologique et climatique que nos industries du Nord accumulée envers les pays du Sud qui n'ont servi depuis 400 ans que de sources de matières premières bon marché. Les coaitions de paysans s'organisent et réclament des mesures concrètes pour contrer 1) la mainmise des ressources par les transnationales extractives et agroalimentaires, 2) le scandale de l'accaparement des terres de pays affamés par des investisseurs étrangers et 3) le crime contre l'humanité que constitue le détournement des ressources vivrières au Sud pour la filière des agrocarburants, pourtant ces derniers sont subventionnés et favorisés dans notre législation fédérale. Depuis l'été dernier, nous sommes rendus à 6M$ amassés pour la Corne de l'Afrique. 22M$ pour notre programme sur 5 ans en Haïti et je suis confiant que notre aide se rend à bon port. Nos rapports financiers sont transparents et disponibles sur demande, C'est 15% qui sont alloués pour administrer les fonds d'urgence. Danielle Gobeil, dir-adj des programmes internationaux pour l'Afrique est en route en ce moment pour l'Éthiopie et saura rendre des comptes sur ce que font nos partenaires là-bas. Par divers moyens, nous informons le public et nos membres avec objectivité sur ce que font les partenaires de Développement et Paix sur le terrain.