En 2009, un débat sur ce sujet avait éclaté en France. Dans un texte paru dans le journal Le Monde, la philosophe Barbara Cassin dénonçait la mauvaise qualité de la langue de Nicolas Sarkozy, président de la République. Un élu socialiste, rapportait Marc Thibodeau dans La Presse du 6 janvier 2011, avait même demandé au gouvernement français d’intervenir pour forcer le président à ne plus malmener la langue du pays. Sarkozy, pourtant, malgré quelques négligences linguistiques, reste un orateur saisissant et efficace. Peut-on en dire autant de nos chefs politiques?
Les cofondateurs de la Coalition avenir Québec (CAQ) ne passent pas le test. Le 14 novembre dernier, jour du lancement de ce nouveau parti, Charles Sirois, dans sa pénible allocution, n’a pas évité les liaisons fautives (« vingt-s-actions » au lieu de « vingt-t-actions ») et les calques de l’anglais (l’insupportable « adresser les problèmes » au lieu de « aborder les problèmes »).
François Legault, lors de son passage à RDI en soirée, a poursuivi dans la même mauvaise veine, en nous servant un « prioriser » (une impropriété pour « donner la priorité à »), un « mettre l’emphase sur » (un calque de l’anglais qu’il faut remplacer par « mettre l’accent sur ») et un « frais de scolarité » (une impropriété pour « droits de scolarité »). Devra-t-on désormais parler des calques de la CAQ?
De tous les chefs politiques québécois actuels, Legault est le pire en cette matière. Lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle en février 2011, il a multiplié les fautes de français (« ce qu’on se rend compte », « ce qu’on a besoin », la « première priorité », « les argents », etc.). Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, l’ex-député Yves Michaud s’en scandalisait. « François Legault a raison de placer l’éducation en tête de liste de ses préoccupations, écrivait-il. Il aura alors la possibilité de s’inscrire à des cours de rattrapage de français, une langue qu’il massacre à profusion. » Legault, de plus, est un orateur terne, sans rythme et qui place mal l’accent tonique. Bonnet d’âne, donc, pour celui qui veut évaluer les enseignants.
Les autres font-ils mieux? Jean Charest, pour sa part, est un abonné aux pléonasmes fautifs. « À nos yeux à nous », « mon programme à moi », ne cesse-t-il de répéter. Aucun de ses conseillers ne lui a appris, de plus, qu’il ne faut pas dire « tant qu’à moi », mais bien « quant à moi ». Son style oratoire, quant à lui (et non « tant qu’à lui »), se caractérise par une nonchalance qui confine à l’arrogance.
Pauline Marois n’est pas une oratrice envoûtante, mais je ne lui connais pas de faiblesses linguistiques patentes. Elle ne maîtrise peut-être pas l’anglais, mais, au moins, elle parle en français, une compétence plus essentielle, me semble-t-il, pour faire de la politique au Québec.
Son collègue Gilles Duceppe mérite aussi des éloges sur ce plan. Sa langue est riche et respectueuse des règles, sans être pédante, contrairement à celle du péquiste Sylvain Simard. Duceppe, par exemple, sait qu’il faut dire « tenir pour acquis » et non « prendre pour acquis ». L’ex-chef du Bloc est un orateur un peu froid, mais le tranchant et la clarté de son discours sont admirables.
Amir Khadir, de Québec solidaire, maîtrise lui aussi la langue française. Il sait, de plus, ajuster l’intensité de ses interventions aux circonstances. Un peu poète, Khadir se démarque des autres orateurs québécois en empruntant parfois de beaux accents lyriques.
Je sais bien que les idées, en politique, valent plus que la forme. En France, le politicien d’extrême droite Jean-Marie Le Pen est un maître de la langue, mais il n’en reste pas moins peu recommandable. Peut-on, malgré tout, souhaiter que nos chefs politiques ne nous fassent pas linguistiquement honte et qu’ils témoignent du respect à la langue qui constitue le cœur de notre identité?
louisco@sympatico.ca


En relisant le texte que j'ai composé hier, en réaction à l'article de Louis Cornelier à propos de la langue de nos politiciens, je réalise que j'ai commis plusieurs fautes. Il faut mettre beaucoup de temps pour pondre des textes impeccables si on est pas un professionnel en rédaction. Faut-il pour autant renoncer à émettre son opinion?