• Imprimer
  • Envoyer à un ami
  • Commenter (3)
  •  

La langue de nos politiciens

Louis Cornellier
Publié le 23 Novembre 2011
Publié le 21 Novembre 2011
Louis Cornellier  RSS Feed
L'Action

Laissons de côté, pour une fois, les idées et concentrons-nous sur la forme. Nos politiciens parlent-ils bien? Peut-on dire qu’ils maîtrisent la langue française et qu’ils donnent l’exemple à cet égard? Sont-ils, par ailleurs, de bons orateurs?

Sujets :
Le Monde , La Presse , Coalition , France , Québec , RDI

En 2009, un débat sur ce sujet avait éclaté en France. Dans un texte paru dans le journal Le Monde, la philosophe Barbara Cassin dénonçait la mauvaise qualité de la langue de Nicolas Sarkozy, président de la République. Un élu socialiste, rapportait Marc Thibodeau dans La Presse du 6 janvier 2011, avait même demandé au gouvernement français d’intervenir pour forcer le président à ne plus malmener la langue du pays. Sarkozy, pourtant, malgré quelques négligences linguistiques, reste un orateur saisissant et efficace. Peut-on en dire autant de nos chefs politiques?

Les cofondateurs de la Coalition avenir Québec (CAQ) ne passent pas le test. Le 14 novembre dernier, jour du lancement de ce nouveau parti, Charles Sirois, dans sa pénible allocution, n’a pas évité les liaisons fautives (« vingt-s-actions » au lieu de « vingt-t-actions ») et les calques de l’anglais (l’insupportable « adresser les problèmes » au lieu de « aborder les problèmes »).

François Legault, lors de son passage à RDI en soirée, a poursuivi dans la même mauvaise veine, en nous servant un « prioriser » (une impropriété pour « donner la priorité à »), un « mettre l’emphase sur » (un calque de l’anglais qu’il faut remplacer par « mettre l’accent sur ») et un « frais de scolarité » (une impropriété pour « droits de scolarité »). Devra-t-on désormais parler des calques de la CAQ?

De tous les chefs politiques québécois actuels, Legault est le pire en cette matière. Lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle en février 2011, il a multiplié les fautes de français (« ce qu’on se rend compte », « ce qu’on a besoin », la « première priorité », « les argents », etc.). Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, l’ex-député Yves Michaud s’en scandalisait. « François Legault a raison de placer l’éducation en tête de liste de ses préoccupations, écrivait-il. Il aura alors la possibilité de s’inscrire à des cours de rattrapage de français, une langue qu’il massacre à profusion. » Legault, de plus, est un orateur terne, sans rythme et qui place mal l’accent tonique. Bonnet d’âne, donc, pour celui qui veut évaluer les enseignants.

Les autres font-ils mieux? Jean Charest, pour sa part, est un abonné aux pléonasmes fautifs. « À nos yeux à nous », « mon programme à moi », ne cesse-t-il de répéter. Aucun de ses conseillers ne lui a appris, de plus, qu’il ne faut pas dire « tant qu’à moi », mais bien « quant à moi ». Son style oratoire, quant à lui (et non « tant qu’à lui »), se caractérise par une nonchalance qui confine à l’arrogance.

Pauline Marois n’est pas une oratrice envoûtante, mais je ne lui connais pas de faiblesses linguistiques patentes. Elle ne maîtrise peut-être pas l’anglais, mais, au moins, elle parle en français, une compétence plus essentielle, me semble-t-il, pour faire de la politique au Québec.

Son collègue Gilles Duceppe mérite aussi des éloges sur ce plan. Sa langue est riche et respectueuse des règles, sans être pédante, contrairement à celle du péquiste Sylvain Simard. Duceppe, par exemple, sait qu’il faut dire « tenir pour acquis » et non « prendre pour acquis ». L’ex-chef du Bloc est un orateur un peu froid, mais le tranchant et la clarté de son discours sont admirables.

Amir Khadir, de Québec solidaire, maîtrise lui aussi la langue française. Il sait, de plus, ajuster l’intensité de ses interventions aux circonstances. Un peu poète, Khadir se démarque des autres orateurs québécois en empruntant parfois de beaux accents lyriques.

Je sais bien que les idées, en politique, valent plus que la forme. En France, le politicien d’extrême droite Jean-Marie Le Pen est un maître de la langue, mais il n’en reste pas moins peu recommandable. Peut-on, malgré tout, souhaiter que nos chefs politiques ne nous fassent pas linguistiquement honte et qu’ils témoignent du respect à la langue qui constitue le cœur de notre identité?

louisco@sympatico.ca

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Louis Cornellier
    - 28 Novembre 2011 à 14:57:48

    Je tiens à rassurer monsieur Duchesneau. Les opinions sont toujours bienvenues, même si elles ne sont pas parfaitement formulées. Il est essentiel d'avoir un souci de la langue et de s'efforcer de l'écrire correctement, mais il est tout aussi essentiel de participer au débat public. Louis Cornellier

    Commentez

  • Nom de l\'usager
    Jean Duchesneau
    - 24 Novembre 2011 à 14:41:28

    Vous avez bien raison à propos de la médiocrité de la langue de bon nombre de nos politiciens. Par contre, quelle que soit la langue utilisée, c'est la faiblesse du discours qui est selon-moi davantage préoccupant. À cet effet, examinons la position de François Legault en regard de l'éducation. Le chef caquiste affirme que le système d'éducation est peu performant, car 20% des jeunes décrochent avant d'avoir terminé leurs études secondaires. Selon lui, une grande part du blâme revient à la performance des enseignants. Il faut alors valoriser la profession en attirant les meilleurs par une hausse de la rémunération en contrepartie d'une évaluation continue de leur performance. Au plan argumentatif, affirmer que le système d'éducation n'est pas performant, sur la seule base du taux de décrochage, est un sophisme. Si les médecins, les avocats, les mécaniciens, les coiffeuses et tous les autres professionnels et gens de métier issus du système d'éducation étaient incompétents, alors on pourrait affirmer que le système est peu performant ; c'est le cas de plusieurs pays dévavorisés. Une autre faiblesse de l'argumentation vient de l'absence de fondement dans la relation de cause à effet que le politicien établit entre la compétence des profs et le taux de décrochage. Il est archi connu que le décrochage scolaire relèvent de causes multiples relevant de l'environnement socio économique et familial du jeune, de sa santé mentale, des valeurs sociétales. Bien entendu, l'aspect pédagogique a son influence, mais comporte de multiples facettes lui aussi, dont le nombre d'élèves par classe et surtout l'accès à des professionnels selon la difficulté présentée par l'enfant. Qu'un politicien fasse preuve d'honnêteté et de rigueur intellectuelle en commettant quelques fautes d'accord de verbes me gêne moins que les discours tordus des Legault, Fournier, Charest et cie. qui nous roulent dans la farine à coeur de semaine. La population décrochée du discours politique ne juge alors que l'image et l'impression que dégage "l'homme"!

    Commentez

    • Nom de l\'usager
      Jean Duchesneau
      - 25 Novembre 2011 à 06:39:07

      En relisant le texte que j'ai composé hier, en réaction à l'article de Louis Cornelier à propos de la langue de nos politiciens, je réalise que j'ai commis plusieurs fautes. Il faut mettre beaucoup de temps pour pondre des textes impeccables si on est pas un professionnel en rédaction. Faut-il pour autant renoncer à émettre son opinion?

Commentez

Commentez (Nous gardons les courriels privés)
Accord

Nous prions les internautes de rester polis. Il est interdit de soumettre du contenu discriminatoire, insultant ou inapproprié, qui pourrait être retiré du site à notre discrétion. Nous ne sommes pas responsables des opinions ou du contenu soumis par les internautes. L'utilisation de ce site ainsi que la propriété du contenu qui est soumis sont régies par nos Conditions générales d'utilisation et le Politique de confidentialité.

Les organismes membres doivent promouvoir des activités légales et à but non-lucratif. Tout organisme faisant la promotion d'activités illégales ou de services / produits commerciaux sera retirée du site.

J'accepte ces conditions.

Publicité

Infolettre

Inscrivez votre courriel et recevez nos nouvelles dès leur parution !

Inscription aux nouvelles en direct
loading...

Publicité