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La dépendance est dépassée

Louis Cornellier
Publié le 30 Novembre 2011
Publié le 24 Novembre 2011
Louis Cornellier  RSS Feed
L'Action

Je vous préviens : le prochain qui me dit que le projet de souveraineté du Québec est dépassé, je l’envoie suivre une cure de désintoxication idéologique. Il y a une limite, en effet, à pratiquer l’aveuglement volontaire. Comme l’écrit avec raison Joseph Facal dans Le Journal de Montréal du 21 novembre 2011, « il faudrait être lâche ou de mauvaise foi pour ne pas admettre que le Québec français recule sur tous les fronts ».

Sujets :
Cour suprême , Chambre des communes , Comité olympique canadien , Québec , Canada , Ottawa

À Ottawa, le gouvernement conservateur est en train de faire la preuve définitive que les Québécois francophones ne sont pas à leur place dans le Canada. Depuis deux mois, il a multiplié les nominations d’anglophones unilingues à des postes-clés comme ceux de vérificateur général, de juge à la Cour suprême et de directeur des communications.

Pour bien enfoncer le clou, il a aussi multiplié les décisions qui vont à l’encontre des valeurs québécoises : abolition du registre des armes d’épaule, durcissement du Code criminel en matière de jeunes contrevenants, réduction de la représentation du Québec à la Chambre des communes, mise en valeur ostentatoire de l’armée et retour en force des symboles monarchiques dans les institutions canadiennes. Le message est on ne peut plus clair : la nation québécoise, l’autre peuple fondateur, le Canada s’en fout.

L’exemple est suivi par les institutions civiles canadiennes. Le 17 novembre dernier, le Comité olympique canadien organise une importante conférence de presse à Montréal. Cet organisme, faut-il le rappeler, avait été blâmé en 2010 pour avoir négligé d’accorder au français une juste place lors des Jeux de Vancouver. Or, il n’a rien appris. Dans La Presse du 18 novembre, Philippe Cantin rapporte que, lors du récent événement, le ministre d’État fédéral aux Sports, Bal Gosal, n’a pas dit un seul mot en français. On a même demandé à Alexandre Despaties « de s’adresser uniquement en anglais aux invités ». Cet organisme, pourtant présidé par Marcel Aubut, n’essaie même plus de cacher son mépris des francophones.

Dans Le Devoir du 10 novembre 2011, le Franco-ontarien Elmer Smith, juge à la retraite de la Cour suprême de l’Ontario, parle franchement. Le Canada hors Québec, écrit-il, est « une terre hostile à la culture et à la langue françaises ». Il cite le regretté sociologue Roger Bernard : « Or, si le Canada est officiellement un pays bilingue, il est effectivement, dans la vie de tous les jours, un pays de langue anglaise et de culture anglo-saxonne. »

En s’entêtant à demeurer dans cet espace politique qui le méprise et le nie, le Québec s’enferme dans une logique provinciale qui se répercute sur le statut du français. Si le Québec était souverain, le français serait une langue nationale qui s’imposerait. Pour le moment, le français n’est qu’une langue provinciale, minoritaire, sans prestige. Une langue de subalternes, quoi, comme le démontrent la présence de cadres unilingues anglophones à la Caisse de dépôt et la résistance de nombreux immigrants à apprendre cette langue.

« Au cœur du recul actuel, explique Joseph Facal, il y a notre refus de voir et de nommer l’éléphant dans le salon. Cet éléphant est la dimension politique et collective de la question linguistique. Si un peuple dort au gaz, s’il vote contre ses propres intérêts, s’il rate tous ses grands rendez-vous avec l’Histoire, s’il pense que fuir ses responsabilités n’a jamais de conséquences, tous ceux qui se fichent de lui en prendront bonne note. »

Et ce qui est vrai pour la langue l’est pour le reste. Quand je lis dans L’Actualité du 1er novembre 2011 que « les jeunes s’intéressent aux affaires internationales, à l’environnement et aux causes sociales bien avant la souveraineté », je me dis qu’il y a de la pédagogie à faire. Le Québec province, sur la scène internationale, n’existe pas. Dans les débats concernant l’environnement, il n’a pas voix au chapitre et doit se rallier à la position canadienne qui contredit la sienne, comme il doit supporter, malgré lui, l’approche canadienne répressive en matière de criminalité.

Ne faut-il pas conclure, de ce triste portrait, que ce n’est pas l’indépendance, mais bien la dépendance qui est dépassée, si le Québec français veut vivre?

louisco@sympatico.ca

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    jean frenette
    - 6 Décembre 2011 à 09:36:34

    Ne vous en faite pas la fin n'est pas demain mais aujourd'hui. Je regarde notre jeunesse et ils n'ont d'yeux que pour l'anglais, la forte majorité écoute les chansons anglaises et plusieurs font la syntonie des postes anglophones. ils ne savent pas l'histoire de leurs ancêtres qui se sont battus pour notre culture et notre langue, on accepte l' humiliation d'être ce que nous sommes devant les autres races dans notre province. Nous ne sommes plus un peuple nous sommes rien, je suis au crépuscule de ma vie et je suis content de partir laissant derrière moi une jeunesse sans âme.

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  • Nom de l\'usager
    Pat Servant
    - 5 Décembre 2011 à 13:49:41

    Le remède, c'est : ''cultivons-nous, tabarnack'' ; bande d'inconscients, chevaliers des sofas, c'est pas une joke. Notre plus grande richesse, c'est notre langue. Ça fait banal à dire, mais imaginez passer une journée sans votre français... Ça risque d'arriver bientôt. Il faut être fier de connaître cette langue, sans pourtant dénigrer les autres. Tout ce qu'un homme possède vraiment, c'est sa parole.

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  • Nom de l\'usager
    Vincent Courcy
    - 3 Décembre 2011 à 23:55:13

    Excellent article effectivement. Je ne comprends pas tout de fois pourquoi les gens croient en un bilinguisme pan-canadien. C'est une pure et simple lubie, une invention de toute pièce de la part de Pierre-Elliot Trudeau , tout ça, pour endiguer la lutte à l'indépendance. Le bilinguisme est un leurre, et tous y mort. Tout le monde y croit, ou plutôt tout le monde veut y croire. Pourtant, il n'y a rien de plus faux. La culture anglo-saxonne et la culture franco-québécoise est loin d'être proche l'une de l'autre. De vouloir les rapprocher dans un bilinguisme est totalement farfelu. On prend souvent exemple sur les francophones hors Québec. Selon la plupart des gens, cette minorité devraient avoir autant de droits que tous. Ils devraient pouvoir vivre dans leur langue dans une immensité anglophone, mais dans les faits, vous demandez l'impossible. C'est comme si vous demandiez à tout les francophones du Québec d'apprendre et de parler l'Italien pour la communauté Italienne, ça n'as aucun sens! Arrêtez de chercher pourquoi les conservateurs "les Québécois francophones ne sont pas à leur place dans le Canada", ils ont raison! Ce pays n'est pas le nôtre, notre pays, notre culture, c'est le Québec, le Québec francophone. L'Indépendance a et est toujours la solution pour harmoniser nos relations.

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  • Nom de l\'usager
    jean Duchesneau
    - 3 Décembre 2011 à 10:52:15

    Face à l'immigration et à la mondialisation, les identités nationales sont malmenées; le Québec n'a pas le monopole en cette matière. Le Canada anglais n'est pas en reste. Mais, contrairement au Québec, il bouge lui. À l'instar de l'Amérique profonde, les Anglo-Canadiens de souche se regroupent autour des valeurs WASP (White Anglo Saxon Protestant) afin de résister au "meeting pot" aculturel centré sur la consommation de masse de biens matériels et culturels. Pas étonnant que le Canada bouge sans le Québec convaincu qu'avec Jean Charest et François Legault, que le Québec se laisse fondre dans la masse. Ce sont les régions du Canada qui sauvent le Canada du néant identitaire. Les régions du Québec ont encore le potentiel au plan politique de rassembler une majorité de Québécois. Mais, les Québécois en ont-ils le courage? Il est minuit moins une!

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  • Nom de l\'usager
    Jean Dornac
    - 3 Décembre 2011 à 03:48:42

    Bonjour, Français, vivant à Paris, j’essaye de suivre l’évolution du Québec, grâce à une amie très chère de chez vous et à une femme écrivain de chez nous, amoureuse de la Nouvelle France, dont je publie les textes toutes les fins de semaine sur mon blogue. L’évolution que vous subissez me fait mal au cœur. De plus, sur de nombreux points, il y a des similitudes avec ce qui se passe, au plan politique, avec la France, notamment sur le durcissement du Code pénal à l’encontre des jeunes contrevenants ou des mises en valeur de l’armée. Cela ne m’étonne pas, dans la mesure où l’un des soutiens principaux de vos Premiers ministres canadiens et québécois, est la même personne… Nous aussi, nous subissons une politique que nous n’approuvons pas, qui nous a été imposée contre tout esprit démocratique (le Traité de Lisbonne) et, de plus en plus, nous subissons les volontés de Mme Merkel… De plus, ici, en France, je regarde avec tristesse la part prise pas l’anglais dans ma langue, plus par effet de mode que par conviction, mais, à bien des égards, c’est destructeur de notre propre culture. Et peu, très peu de citoyens, comprennent cela, hélas. Si nous ne redressons pas la barre, nous pourrions bien devenir le Québec de l’Europe comme l’écrivait un chroniqueur québécois, il n’y a pas bien longtemps. Je veux espérer, pour ma part, que le peuple québécois trouvera la force et la lucidité de reprendre son avenir dans ses propres mains.

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  • Nom de l\'usager
    Odette Beaudry
    - 2 Décembre 2011 à 09:09:02

    Excellent article - selon votre habitude - qui devrait circuler dans les établissements d'éducation et partout où on s'attable pour lire le Journal... Merci Louis Cornellier ! Si nous ne réagissons pas, il sera trop tard lorsque les indifférents, les apathiques d'aujourd'hui diront : « J'arra dû donc dû, "ouvrir" ma grande gueule » (emprunté à Desjardins) le jour où notre belle langue française sera presque disparue, que le Québec ne sera plus qu’un territoire « dessouché », vidé de ses richesses, spolié, voire, massacré et que comme dans les années ’50 encore, le Québécois ne sera que le subalterne de service et que la langue du travail sera l'anglais… On en voit d’ailleurs la pointe de l’iceberg tel que décrit dans l’article de L.C. Les héritiers de Lord Durham reviennent en force et on leur laisse toute la place… C’est une pitié que de voir cela… Pauvre Québec !

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  • Nom de l\'usager
    robert morin
    - 1 Décembre 2011 à 12:08:55

    Bravo, mille fois bravo! Il me semble que les choses deviennent de plus en plus claires et évidentes, et puis si les Québécois ne bougent pas bientôt, on pourra leur adresser la fameuse phrase prémonitoire de Claude Péloquin => «Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves! C'est assez!» Faut espérer que le monde va ouvrir les yeux devant l'évidence «Tu boiras le ciel,Ouvre tes ailes! Liberté! Liberté!» (Richard Desjardins)

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  • Nom de l\'usager
    Daniel Roy, C.A.
    - 30 Novembre 2011 à 09:29:08

    Bravo Monsieur Cornelier! Si je pouvais, j'apprendrais votre texte par coeur. Daniel Roy, C.A.

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