Dans Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments (Stanké, 2012), un essai qui fait beaucoup jaser depuis sa sortie le 25 janvier dernier, le journaliste, universitaire et blogueur Jean-François Lisée montre clairement, tableaux statistiques et données factuelles à l’appui, que le Québec, selon la formule de l’économiste Pierre Fortin, n’est pas « si poche que ça ».
Au contraire, ce qu’on appelle « le modèle québécois », c’est-à-dire notre version nationale de la social-démocratie ou, si vous préférez, nos politiques socioéconomiques de centre gauche, permet au Québec de figurer parmi les meilleurs dans tous les classements concernant les indicateurs socioéconomiques. Ce fameux modèle, mis en place au moment de la Révolution tranquille, a parfois glissé un peu vers la gauche (avec le PQ des bonnes années) ou vers la droite (avec le Parti libéral), mais il a conservé, essentiellement, ses fondements sociaux-démocrates et nous a bien servis. En souhaitant le détruire pour tirer le Québec vers une approche néolibérale, les ténors de la droite disent n’importe quoi et ne contribuent ni à l’intelligence du débat ni au bien commun. On peut se demander pour qui ils travaillent au juste.
Intellectuel brillant et rigoureux, Jean-François Lisée montre, dans son ouvrage, que, depuis 10 ans, la croissance économique du Québec a été plus forte que celle de tous les pays du G7, à l’exception de l’Allemagne. Alors qu’on dit souvent, à droite, que le taux de syndicalisme québécois (39,3 %) nuit à la croissance, on constate pourtant que cette dernière, depuis 20 ans, a été plus forte ici qu’aux États-Unis, dont le taux de syndicalisme n’est que de 12 %.
François Legault aime bien dire que le Québec va mal, en s’appuyant sur le fait que le PIB américain (qui calcule la richesse nationale) est plus élevé que le PIB québécois. Aussi, d’après Legault, notre niveau de vie (la richesse nationale divisée par le nombre d’habitants) serait nettement plus faible que celui des Américains. Or, démontre Lisée, à temps de travail égal, le niveau de vie de 99 % des Québécois est plus élevé que celui de 99 % des Américains parce que la richesse, ici, est mieux répartie. Le Québec, d’ailleurs, à l’exception de l’Alberta, est la province canadienne qui compte le moins de pauvres.
Il est vrai que nous payons plus de taxes et impôts que les Canadiens ou que les Américains (mais moins que les Scandinaves, champions mondiaux de la qualité de vie). Nous en bénéficions toutefois largement, grâce à des programmes sociaux souvent inexistants ailleurs (garderies, assurance médicaments, droits de scolarité peu élevés) et à de généreuses prestations directes. La famille québécoise moyenne, par exemple, reçoit plus d’argent de l’État qu’elle ne lui en donne, une situation unique dans les pays du G7. De plus, au Québec, les entreprises ont une charge fiscale globale moins lourde qu’au Canada et qu’aux États-Unis.
On découvre donc, en lisant Lisée, que tout ce que la droite nous serine à longueur de journée est faux. Ainsi, le Québec compte moins de fonctionnaires que l’Ontario, ne compte pas plus de gens qui ne paient pas d’impôt sur le revenu et n’est pas le quêteux de la fédération. Sa dette, il est vrai, est trop élevée, mais reste gérable et ne justifie pas un démantèlement de nos programmes sociaux. Le Québec n’est pas le paradis et est certes perfectible, mais il n’a surtout pas besoin d’un virage à droite.
Lire Lisée, qui nous explique aussi pourquoi la souveraineté du Québec reste un projet urgent et réalisable, devrait être un devoir civique pour tous ceux qui aiment le Québec. Si vous n’avez qu’un livre à lire cette année, que ce soit celui-là.
louisco@sympatico.ca

