La victoire de Thomas Mulcair dans la course à la chefferie du Nouveau parti démocratique (NPD), en remplacement de Jack Layton, est une mauvaise nouvelle pour bien des gens et, par conséquent, une bonne nouvelle pour d’autres. Qualifié de bagarreur et de pitbull par plusieurs commentateurs, le nouveau chef du NPD est un politicien redoutable, élégamment bilingue, qui ne craint pas de frapper là où ça fait mal. Même Jean-François Lisée, qui ne le porte pas dans son cœur, reconnaît que le député fédéral d’Outremont, à l’époque où il était ministre de l’Environnement dans le gouvernement Charest, s’est courageusement opposé aux affairistes et aux pollueurs.
Son élection au poste de chef du NPD est donc d’abord une mauvaise nouvelle pour Stephen Harper, qui trouvera désormais en face de lui un virulent contradicteur, comme il n’en a pas connu depuis qu’il est premier ministre. En revanche, les Canadiens attachés aux idées de gauche ont de quoi se réjouir. En Thomas Mulcair, ils viennent de se trouver un éclatant porte-parole. Ils devront toutefois avoir l’œil sur lui puisque l’homme ne cache pas sa volonté de tirer le NPD – à quel degré, telle est la question — vers le centre.
L’arrivée de Mulcair est aussi, c’est une évidence, une très mauvaise nouvelle pour le Parti libéral du Canada, gravement dérouté depuis l’élection du 2 mai 2011. Brûlés au Québec depuis le scandale des commandites, incapables de percer dans l’Ouest du pays, les Libéraux se cherchent sans se trouver. Leur chef intérimaire, Bob Rae, suscite une certaine sympathie, mais ne soulève pas l’enthousiasme. Le parti, de toute façon, n’a plus de ligne directrice et est en voie de se faire définitivement damer le pion par le NPD à titre de principal parti d’opposition canadien.
Un NPD dirigé par un chef québécois charismatique qui fait la vie dure aux Conservateurs et aux Libéraux, n’est-ce pas là une excellente nouvelle pour les électeurs progressistes du Québec, massivement représentés par des députés néodémocrates à Ottawa depuis un an? Les choses ne sont pas si simples.
Sur le plan socioéconomique, on peut facilement présumer que les Québécois, très majoritairement opposés aux politiques conservatrices, s’accommoderaient d’un gouvernement fédéral dirigé par le NPD de Thomas Mulcair. Or, il y a aussi la question nationale, celle de la place du Québec dans le Canada. C’est là, comme on dit, que le bât blesse.
Pour se débarrasser de Stephen Harper, sans retomber dans l’ornière libérale, les Québécois, ils l’ont montré l’an dernier, sont prêts à donner une chance à un NPD qui pratiquerait un fédéralisme d’ouverture (c’est-à-dire, notamment, asymétrique et respectueux de la loi 101 sur le territoire québécois) à l’endroit des revendications du Québec. Même des électeurs souverainistes, conscients que leur projet, de toute façon, se réalisera ou non au Québec et pas à Ottawa, pourraient être prêts à faire ce pari. Le problème, c’est qu’une telle politique d’ouverture menée par le NPD envers le Québec lui aliénera fort probablement une tonne de votes dans le reste du Canada.
Dans une récente chronique, la politologue Josée Legault rappelait justement que, au lendemain de l’élection du 2 mai 2011, les commentateurs du Canada anglais avertissaient Jack Layton qu’il ne devait rien céder au Québec, rien, pour gagner de nouveaux appuis dans le reste du Canada. L’arrivée d’un nouveau chef, québécois en plus, n’y changera rien. Le problème est structurel : un parti fédéral vraiment ouvert aux revendications nationales du Québec voit automatiquement le reste du Canada lui tourner le dos.
Mulcair, un ennemi féroce des souverainistes qui n’a jamais milité avec ardeur en faveur d’une réforme constitutionnelle satisfaisante pour le Québec, pourra-t-il résoudre la quadrature du cercle canado-québécois? À court terme, l’élection de Thomas Mulcair pourrait être une mauvaise nouvelle pour eux aussi, mais les partisans du Bloc québécois ne devraient pas jeter leurs pancartes trop vite.
louisco@sympatico.ca


J'ai écrit ma note d'hier avant d'avoir vu le dernier sondage. Dommage! Il confirme ce que je disais...ne vous en déplaise, les poteaux oranges sont la pour rester! Et ne vous en déplaise à vous et votre idole JF Lisée, le NPD, pour le moment est la seule façon de ce débarrasser de M. Harper. En fait, si vous aviez un minimum de logique vous devriez encourager les gens à appuyer n'importe quel parti qui a la possibilité de nous débarrasser du PCC. Et si ça veut dire se débarrasser de parti marginaux comme les Verts et le Bloc, tant pis!