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La leçon du blanchon

Louis Cornellier
Publié le 17 Avril 2012
Publié le 17 Avril 2012
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L'Action

Dès que je l’ai vu à la télé, avec ses grands yeux doux et sa blancheur immaculée, j’ai su qu’il allait déclencher une avalanche de commentaires disgracieux. Paro, c’est son nom, est un blanchon automatisé, conçu par un chercheur japonais en 1993 et destiné à des interventions thérapeutiques auprès des personnes âgées atteintes de démence. Il ne fait pas, c’est le moins qu’on puisse dire, l’unanimité.

Sujets :
Groupe d’âge , Le Devoir

Quand on a su, début avril, qu’il était utilisé au CHSLD Saint-Léonard-Saint-Michel, les critiques se sont multipliées. Les partisans du bébé phoque robotisé, dont le ministre de la Santé Yves Bolduc, ont été accusés de mépriser les vieux, de déshumaniser les soins et même, croyez-le ou non, de nuire à la chasse aux phoques! En assistant à tout ça, je me disais qu’il y a des fonctionnaires qui font exprès de se mettre dans de beaux draps.

Le 8 avril, toute ma famille était chez moi pour le repas pascal. Comme d’habitude, nous discutions ferme de choses et d’autres, surtout de religion et de politique, nos deux sujets préférés, même si on dit qu’ils sont à éviter en famille et entre amis. Les qualités et les défauts de Monseigneur Christian Lépine ont été analysés, de même que ceux de Thomas Mulcair. Soudain, mon jeune frère a poussé une blague sur les fameux blanchons, en promettant à mon père, en boutade, de lui en acheter un s’il s’ennuyait. Ce dernier, qui préfère les chiens vivants, a décliné l’offre. Nous nous amusions bien.

À la surprise générale, ma sœur, infirmière auprès des personnes âgées, s’est mise à défendre le bébé phoque robotisé. Après nous avoir rappelé que nous ne connaissions rien aux soins particuliers destinés à ce groupe d’âge, elle nous a expliqué que des méthodes thérapeutiques qui peuvent sembler ridicules – comme les clowns ou les blanchons toutous — sont parfois efficaces dans certains cas. Je n’en revenais tellement pas d’entendre ce surprenant point de vue que j’en ai ri aux éclats pendant 15 minutes. L’intervention de ma sœur, malgré tout, me titillait. Et si elle avait raison, me disais-je. J’ai donc décidé, dans les jours suivants, d’explorer un peu l’affaire.

Le 10 avril, le blogue de Valérie Borde, une renommée journaliste scientifique qui travaille au magazine L’Actualité, était justement consacré à ce sujet. Le robot phoque, écrit-elle, « c’est sérieux » et ça mérite qu’on s’y intéresse. Une étude menée par l’Australienne Wendy Moyle, spécialiste des soins aux personnes atteintes de démence, aurait montré que « le robot jouerait auprès des malades un rôle comparable à celui d’un animal domestique, dont on a déjà démontré les bienfaits sur la capacité de communication, le sentiment de solitude et la qualité de vie ». L’avantage du robot, c’est qu’il « n’a pas besoin d’être nourri ni soigné, et ne souffre pas d’être manipulé n’importe comment ».

À 6000 $, son coût est assez élevé, mais « il ne semble pas forcément aberrant comparé à celui de certains médicaments ou d’autres formes de thérapies », ajoute Borde. La journaliste reste prudente et ne prône pas de se lancer dans l’achat massif de ces robots qui n’ont pas encore vraiment fait leurs preuves, mais elle considère que les expériences doivent être encouragées. Des chercheurs néerlandais, cités dans Le Devoir du 6 avril, émettent pour leur part des doutes quant à la fiabilité des études concluant à l’efficacité des robots phoques, mais recommandent eux aussi la poursuite des recherches.

Dans Le Devoir du 11 avril, enfin, le psychanalyste Karim Jbeili raconte son expérience auprès de sa mère atteinte de démence et rapporte que cette dernière, vers la fin, a trouvé un peu de bonheur en manipulant des poupées de chiffon. Même s’il déplore les « déserts affectifs » que sont trop souvent les CHSLD, le psychanalyste reconnaît la pertinence d’explorer des méthodes comme les clowns et les robots phoques en tant qu’approches thérapeutiques spécifiques.

Grâce à ma sœur, finalement, l’affaire du blanchon est devenue pour moi une leçon : il faut toujours faire le tour de la question avant de juger. Cela vaut pour les journalistes et pour les autres.

louisco@sympatico.ca

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    nelson chaput
    - 24 Avril 2012 à 16:22:20

    bravo si les phoques robotisés..peuvent aider certaines personnes mais en ce qui me concerne...lorsque je serai rendu là...si je m'y rend ne venez pas m'infantisiler avec un robot ou un clown...déjà que l'on naissent pas de cheveux ( pas tous ) pas de dents..la couche pleine de m...........et que souvent ont meurt pas de cheveux pas de dents et ...la couche pleine de m.......alors traitez moi et parlez moi en adulte...

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  • Nom de l\'usager
    François Pépin
    - 18 Avril 2012 à 20:11:59

    Félicitations à votre soeur de vous avoir tenu tête et d'avoir exprimé avec justesse un point de vue et une approche très "innovante". Nos grands-mères et nos grands-pères ne méritent-ils pas que des gens essaient (par presque tous les moyens) de rendre cette part de leur vie plus agréable? Oui, ils le méritent. Nous qui sommes dans la fleur de l'âge ont la responsabilité de paver le chemin pour nos enfants ET d'adoucir la vie de nos parents et grands-parents. Comme citoyen, j'aime infiniment mieux investir dans des programmes comme ceux des blanchons automatisés (à quelques centaines de milliers de dollars?) que de me voir imposer des fiascos improductifs comme l'îlot voyageur de Montréal (à quelques CENTAINES DE MILLIONS de dollars !!!) Finalement, et c'est le plus important, je vous remercie pour votre humilité d'admettre que vous aussi, vous pouvez vous tromper. Votre crédibilité s'en trouve d'autant augmentée. Du moins à mon égard. Bienvenue dans le club des gens qui, au risque de se le faire couper, prennent le risque de s'allonger le cou pour faire avancer notre société. Votre soeur aussi est la bienvenue.

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