Quand on a su, début avril, qu’il était utilisé au CHSLD Saint-Léonard-Saint-Michel, les critiques se sont multipliées. Les partisans du bébé phoque robotisé, dont le ministre de la Santé Yves Bolduc, ont été accusés de mépriser les vieux, de déshumaniser les soins et même, croyez-le ou non, de nuire à la chasse aux phoques! En assistant à tout ça, je me disais qu’il y a des fonctionnaires qui font exprès de se mettre dans de beaux draps.
Le 8 avril, toute ma famille était chez moi pour le repas pascal. Comme d’habitude, nous discutions ferme de choses et d’autres, surtout de religion et de politique, nos deux sujets préférés, même si on dit qu’ils sont à éviter en famille et entre amis. Les qualités et les défauts de Monseigneur Christian Lépine ont été analysés, de même que ceux de Thomas Mulcair. Soudain, mon jeune frère a poussé une blague sur les fameux blanchons, en promettant à mon père, en boutade, de lui en acheter un s’il s’ennuyait. Ce dernier, qui préfère les chiens vivants, a décliné l’offre. Nous nous amusions bien.
À la surprise générale, ma sœur, infirmière auprès des personnes âgées, s’est mise à défendre le bébé phoque robotisé. Après nous avoir rappelé que nous ne connaissions rien aux soins particuliers destinés à ce groupe d’âge, elle nous a expliqué que des méthodes thérapeutiques qui peuvent sembler ridicules – comme les clowns ou les blanchons toutous — sont parfois efficaces dans certains cas. Je n’en revenais tellement pas d’entendre ce surprenant point de vue que j’en ai ri aux éclats pendant 15 minutes. L’intervention de ma sœur, malgré tout, me titillait. Et si elle avait raison, me disais-je. J’ai donc décidé, dans les jours suivants, d’explorer un peu l’affaire.
Le 10 avril, le blogue de Valérie Borde, une renommée journaliste scientifique qui travaille au magazine L’Actualité, était justement consacré à ce sujet. Le robot phoque, écrit-elle, « c’est sérieux » et ça mérite qu’on s’y intéresse. Une étude menée par l’Australienne Wendy Moyle, spécialiste des soins aux personnes atteintes de démence, aurait montré que « le robot jouerait auprès des malades un rôle comparable à celui d’un animal domestique, dont on a déjà démontré les bienfaits sur la capacité de communication, le sentiment de solitude et la qualité de vie ». L’avantage du robot, c’est qu’il « n’a pas besoin d’être nourri ni soigné, et ne souffre pas d’être manipulé n’importe comment ».
À 6000 $, son coût est assez élevé, mais « il ne semble pas forcément aberrant comparé à celui de certains médicaments ou d’autres formes de thérapies », ajoute Borde. La journaliste reste prudente et ne prône pas de se lancer dans l’achat massif de ces robots qui n’ont pas encore vraiment fait leurs preuves, mais elle considère que les expériences doivent être encouragées. Des chercheurs néerlandais, cités dans Le Devoir du 6 avril, émettent pour leur part des doutes quant à la fiabilité des études concluant à l’efficacité des robots phoques, mais recommandent eux aussi la poursuite des recherches.
Dans Le Devoir du 11 avril, enfin, le psychanalyste Karim Jbeili raconte son expérience auprès de sa mère atteinte de démence et rapporte que cette dernière, vers la fin, a trouvé un peu de bonheur en manipulant des poupées de chiffon. Même s’il déplore les « déserts affectifs » que sont trop souvent les CHSLD, le psychanalyste reconnaît la pertinence d’explorer des méthodes comme les clowns et les robots phoques en tant qu’approches thérapeutiques spécifiques.
Grâce à ma sœur, finalement, l’affaire du blanchon est devenue pour moi une leçon : il faut toujours faire le tour de la question avant de juger. Cela vaut pour les journalistes et pour les autres.
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