Les penseurs et les citoyens de droite, en effet, tentent sans relâche de nous convaincre que l’État intervient trop et n’a plus les moyens de le faire, que les programmes sociaux coûtent trop cher, que l’impôt est un fardeau dont il faudrait se libérer le plus possible et que le gros bon sens suffit pour régler la plupart des problèmes. Or, trois nouvelles récentes viennent malmener ces opinions.
Le programme de garderies à 7 $ est une des cibles favorites de la droite québécoise. On l’accuse de coûter trop cher (1,6 milliard) et d’être le plus bel exemple d’un Québec vivant au-dessus de ses moyens. Or, dans une récente étude réalisée par les économistes Pierre Fortin, Luc Godbout et Suzie St-Cerny et résumée dans Le Devoir du 13 avril 2012, on apprend plutôt que ce programme est payant pour les États québécois et canadien et pour l’économie québécoise en général.
En permettant l’intégration de 70 000 mères supplémentaires au marché du travail, le programme universel de services de garde à contribution réduite fait augmenter le produit intérieur brut de 5,1 milliards par année. Le gouvernement du Québec investit donc 1,6 milliard, mais retire en retour 1,7 milliard (en impôts supplémentaires, en taxes, en cotisations sociales, en économie sur l’aide sociale et les crédits d’impôt). Le gouvernement du Canada, qui ne met pas un sou directement dans l’affaire, en retire 700 millions. « Autrement dit, écrivent les auteurs de l’étude, chaque tranche de subvention de 100 $ du gouvernement du Québec lui a procuré un retour fiscal de 104 $ et a fait un cadeau de 43 $ au gouvernement fédéral. »
Cette étude, que certains commentateurs de droite tentent déjà de discréditer sans succès, montre, écrivent encore ses auteurs, « qu’il est possible, pour un programme d’État, de concilier le développement social et la prospérité économique ». Elle montre aussi que la thèse selon laquelle il faut créer la richesse avant de la répartir est inexacte. Dans ce cas, en effet, c’est la répartition préalable de la richesse déjà existante qui crée encore plus de richesse.
Quand on ne les manipule pas avec des questions tendancieuses (du genre : êtes-vous pour le privé en santé, si cela améliore le système?), les Canadiens et les Québécois, majoritairement, ne sont pas opposés à payer des impôts pour financer des programmes sociaux. Un vaste sondage pancanadien, dont les résultats ont été publiés dans Le Devoir du 11 avril 2012, indique que « les Canadiens – y compris une majorité d’électeurs conservateurs — se disent prêts à payer des impôts plus élevés si cela peut permettre de maintenir en place certains services publics et de réduire les inégalités au pays ». Ils souhaiteraient, pour la même raison, que l’impôt des entreprises, au Canada, soit ramené à son taux de 2008, c’est-à-dire à 19 %. En l'abaissant à 15 %, sous prétexte d’encourager les investissements et de créer de l’emploi, un effet qui ne s’est pas produit, les conservateurs privent l’État fédéral d’au moins 6 milliards par année.
Terminons ce petit tour d’horizon des récentes mauvaises nouvelles pour la droite avec un petit débat scolaire. Adeptes des solutions simplistes, les gens de droite proposent, pour améliorer les résultats scolaires des garçons, de masculiniser le corps enseignant au primaire et au secondaire. Une recherche allemande, résumée dans le numéro d’avril du magazine Sciences humaines, conclut pourtant qu’il n’y a aucun avantage, pour les garçons du primaire, à avoir un enseignant de même sexe. Le gros bon sens de droite (du genre : un gars, c’est un gars, et ça travaille mieux avec un gars) montre là aussi ses limites.
J’appelle ça, moi, de bonnes nouvelles.
louisco@sympatico.ca

