Précédemment, Jésus avait mentionné qu’on ne peut servir deux maîtres, c’est-à-dire qu’on ne peut « servir à la fois Dieu et l’argent ». Le message est clair : l’obsession de l’argent et de la réussite matérielle est un obstacle sur le chemin d’une vie moralement acceptable.
Les non-croyants répliqueront peut-être que cette leçon ne vaut que pour ceux qui accordent du crédit à Jésus et à son message évangélique, mais, s’ils choisissent cette fuite, ils se tromperont. De récentes études scientifiques, en effet, viennent confirmer que Jésus, une fois de plus, visait juste.
Professeur de comportement organisationnel et de psychologie à la Rotman School of Management de l’Université de Toronto, le chercheur Stéphane Côté, en collaboration avec des collègues de Californie, a réalisé une série d’études sur le comportement des riches. Les résultats de ses travaux, résumés dans Le Devoir du 28 février 2012 par le journaliste Pierre Saint-Arnaud, confirment la thèse selon laquelle la richesse s’accompagne trop souvent de comportements douteux.
« Les gens provenant de milieux aisés, résume Saint-Arnaud, auraient des comportements moins éthiques que les plus pauvres, ce qui s’expliqueraient en partie par une attitude plus favorable à l’avarice », et ce, peu importe leur âge, leur sexe, leur groupe ethnique, leur religion et leur orientation politique. Les chercheurs ont constaté, par exemple, que les gens riches qui ont des postes prestigieux se considèrent eux-mêmes comme étant de « classe supérieure » et sont plus enclins à accaparer les biens des autres, à mentir, à tricher lors d’une négociation et à « approuver des comportements non éthiques au travail ». Pour eux, en d’autres termes, tout est bon pour atteindre le haut de l’échelle sociale.
Dans une étude sur les comportements routiers, les mêmes chercheurs démontrent « qu’un plus grand pourcentage de conducteurs de classe supérieure coupaient la voie aux autres automobilistes et aux piétons ». La conclusion générale de ces études, comme le message évangélique sur la richesse, est claire. « Avoir de l’argent, explique Stéphane Côté, nous mène à penser d’une façon particulière et cette façon particulière – d’avoir un peu moins de compassion, un peu moins d’empathie — nous mènerait à avoir un comportement moins éthique. »
Quand on sait cela, on commence à comprendre pourquoi des dirigeants de SNC-Lavalin pouvaient s’enrichir en faisant affaire avec Kadhafi tout en ayant la conscience tranquille, pourquoi de richissimes patrons congédient sans états d’âme de simples employés, pourquoi les pleins sont prêts à tous les tours de passe-passe pour ne pas payer d’impôts, pourquoi, en gros, nos opulents dirigeants politiques et affairistes nous disent qu’il n’y a plus d’argent pour la santé, l’éducation et les personnes âgées, tout en déjeunant avec la mafia.
Jésus et la science, là-dessus, sont d’accord : d’un point de vue moral et éthique, le partage vaut mieux que l’égoïste enrichissement individuel, qui peut finir par nous perdre. Ça devrait faire réfléchir, à l’heure où l’on nous serine que chacun doit faire sa « juste part ».
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