• Imprimer
  • Envoyer à un ami
  • Commenter (4)
  •  

On n’est pas des quêteux!

Louis Cornellier
Publié le 30 Mai 2012
Publié le 25 Mai 2012
Louis Cornellier  RSS Feed
L'Action

Les Richard Martineau, Éric Duhaime, Mario Dumont et autres ténors de la droite québécoise ne cessent de le répéter : étant donné qu’il reçoit environ 8 milliards de dollars par année en paiements de péréquation d’Ottawa, le Québec serait le quêteux de la fédération canadienne. D’après ces commentateurs abonnés au simplisme, nous nous payons, au Québec, des programmes sociaux trop généreux avec l’argent des autres. Il faut donc comprendre, par conséquent, que le fédéralisme est rentable pour nous et que nous n’avons pas vraiment les moyens de faire la souveraineté. Cet argument, pourtant, ne tient pas la route.

Sujets :
La Presse , Statistique Canada , Québec , Ontario , Canada

Dans son essai Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments, Jean-François Lisée le réfute. Il est vrai, note-t-il, que le Québec bénéficie du programme de péréquation (il en retire, en fait, 5 milliards), mais ce n’est là qu’un élément du tableau. En matière d’aide fédérale aux entreprises, le Québec obtient moins que les autres provinces. Le même constat s’applique aux achats en biens et services faits par le fédéral dans les provinces.

Quand on considère l’ensemble des transferts fédéraux vers les provinces (péréquation, santé, aide sociale, éducation), le Québec se situe dans la moyenne canadienne. Au total, 25 % des revenus de l’État québécois proviennent du fédéral, ce qui est moins que dans les provinces atlantiques et à peine plus élevé qu’en Ontario (22 %).

Lisée, dira-t-on peut-être pour contester ses analyses, est un péquiste notoire. Ses calculs sont pourtant corroborés par Claude Picher, ex-chroniqueur économique du journal La Presse et identifié à la droite. Dans une chronique parue le 14 juin 2011, Picher qualifie de mythe l’idée selon laquelle le Québec serait une province de quêteux. « Si les Québécois, écrit-il, peuvent se payer l’assurance médicaments ou les garderies à 2 milliards, ce n’est pas parce qu’ils vivent aux crochets des autres provinces, c’est parce qu’ils paient des impôts plus élevés… et qu’ils sont plus endettés. » Dans un cas comme dans l’autre, c’est bien nous qui payons.

L’économiste Pierre Fortin, un « lucide », défend la même thèse, dans une chronique de L’Actualité du 15 mai 2012. Sur la base de savants calculs réalisés à partir des chiffres de Statistique Canada, Fortin évalue, en considérant l’ensemble des transferts fédéraux aux provinces et aux municipalités, que le Québec a reçu, en 2009, seulement « un milliard de plus [peut-être trois, selon d’autres calculs] que ne pouvait le justifier sa stricte part de la richesse collective ».

Comment font les Québécois, alors, pour se payer des programmes sociaux plus généreux? Ils paient plus de taxes et impôts, à hauteur de 23 milliards par année. C’est ça le modèle québécois, que l’actuel gouvernement libéral tente de faire régresser : plus d’impôts pour plus de programmes sociaux pour plus de justice sociale. Fortin conclut donc que l’affirmation selon laquelle l’État québécois vit aux crochets du Canada est de « la bouillie pour les chats ». Son modèle, il se le paie.

Tout de même, diront peut-être quelques pisse-vinaigre, notre appartenance à la fédération canadienne nous rapporte au moins entre un et trois milliards par année, dont nous nous priverions en faisant la souveraineté. On retrouve là la thèse du fédéralisme rentable pour le Québec. Bien des Québécois, en effet, ne se reconnaissent plus du tout dans le Canada et s’identifient essentiellement comme Québécois, mais ils hésitent à franchir le pas de l’indépendance pour des raisons économiques.

Dans son récent essai Un gouvernement de trop (VLB, 2012), Stéphane Gobeil, conseiller politique de Pauline Marois, se livre à une démonstration comptable du fait que le fédéralisme n’est même pas rentable pour le Québec. En analysant minutieusement toutes les dépenses du fédéral, en calculant ce que le Québec envoie à Ottawa et ce qu’il en retire, en proposant de prudentes hypothèses d’économies rendues possibles par la fin des chevauchements de responsabilités (faire une seule déclaration de revenus au lieu de deux, par exemple, permettrait des économies de 666 millions), Gobeil en arrive à la conclusion qu’un Québec souverain, donc privé des transferts fédéraux, serait plus riche de deux milliards par année et, surtout, enfin vraiment libre.

louisco@sympatico.ca

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Jean Duchesneau
    - 5 Juin 2012 à 21:23:52

    Le coût de l'indécision politique est probablement bien plus élevé que tous ces calculs de péréquation. Supposons que comme autorité politique, ma mission de vie soit celle de prévenir l'indépendance du petit peuple de la province qui m'a élu; que je veille garder mon grand pays uni dans ce que je crois être l'intérêt supérieur de la nation. Ferais-je en sorte que ce petit peuple soit trop instruit ou trop riche? Si les Québécois exploitaient lucrativement leur pétrole et autres ressources, auraient-ils le goût de partager avec leurs voisins ontariens? Si les Québécois se savaient riches comme les Albertains, ils voteraient massivement OUI pour leur indépendance. L'intérét public peut-être une notion très élastique!

    Commentez

  • Nom de l\'usager
    nelson chaput
    - 31 Mai 2012 à 20:20:55

    QUÉTEUX......pourtant il me semble que lors du dernier référendum......le canada à tout fait pour ne pas laisser aller le quéteux......drôle quand même...

    Commentez

  • Nom de l\'usager
    Marc Bergeron
    - 31 Mai 2012 à 15:24:59

    Le même résultat que le ministre des finances du parti libéral Yves Séguin avait prononcé lors d'une étude sur le déséquilibre fiscal. « Si les québécois savaient ils opteraient tous pour la souveraineté » Des ténors dans nos médias c'est une honte pour l'expression dit journalistique qui malheureusement sont entretenus par des propriétaires en mal de popularité. Certains ont le statut de journaliste une vrai honte par ce manque d'éthique. Les chaudrons dans les rues ne s'adresse pas qu'au gouvernement ...Le ras-le-bol de la population ira qu'en augmentant. l'Omerta des liens crasseux est populaire même chez-nous.

    Commentez

  • Nom de l\'usager
    Gilles Ouimet
    - 30 Mai 2012 à 11:47:49

    Excellente analyse. C'est hélas toujours le même problème. Nous devons toujours fournir le fardeau de la preuve contre tous ces chers apôtres de la culpabilisation et de la démoralisation qui ne font que nous recracher ces arguments méprisants colportés dans le "rest of Canada". C'est du journalisme particulièrement désolant.

    Commentez

Commentez

Commentez (Nous gardons les courriels privés)
Accord

Nous prions les internautes de rester polis. Il est interdit de soumettre du contenu discriminatoire, insultant ou inapproprié, qui pourrait être retiré du site à notre discrétion. Nous ne sommes pas responsables des opinions ou du contenu soumis par les internautes. L'utilisation de ce site ainsi que la propriété du contenu qui est soumis sont régies par nos Conditions générales d'utilisation et le Politique de confidentialité.

Les organismes membres doivent promouvoir des activités légales et à but non-lucratif. Tout organisme faisant la promotion d'activités illégales ou de services / produits commerciaux sera retirée du site.

J'accepte ces conditions.

Publicité

Infolettre

Inscrivez votre courriel et recevez nos nouvelles dès leur parution !

Inscription aux nouvelles en direct
loading...

Publicité