Dans son essai Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments, Jean-François Lisée le réfute. Il est vrai, note-t-il, que le Québec bénéficie du programme de péréquation (il en retire, en fait, 5 milliards), mais ce n’est là qu’un élément du tableau. En matière d’aide fédérale aux entreprises, le Québec obtient moins que les autres provinces. Le même constat s’applique aux achats en biens et services faits par le fédéral dans les provinces.
Quand on considère l’ensemble des transferts fédéraux vers les provinces (péréquation, santé, aide sociale, éducation), le Québec se situe dans la moyenne canadienne. Au total, 25 % des revenus de l’État québécois proviennent du fédéral, ce qui est moins que dans les provinces atlantiques et à peine plus élevé qu’en Ontario (22 %).
Lisée, dira-t-on peut-être pour contester ses analyses, est un péquiste notoire. Ses calculs sont pourtant corroborés par Claude Picher, ex-chroniqueur économique du journal La Presse et identifié à la droite. Dans une chronique parue le 14 juin 2011, Picher qualifie de mythe l’idée selon laquelle le Québec serait une province de quêteux. « Si les Québécois, écrit-il, peuvent se payer l’assurance médicaments ou les garderies à 2 milliards, ce n’est pas parce qu’ils vivent aux crochets des autres provinces, c’est parce qu’ils paient des impôts plus élevés… et qu’ils sont plus endettés. » Dans un cas comme dans l’autre, c’est bien nous qui payons.
L’économiste Pierre Fortin, un « lucide », défend la même thèse, dans une chronique de L’Actualité du 15 mai 2012. Sur la base de savants calculs réalisés à partir des chiffres de Statistique Canada, Fortin évalue, en considérant l’ensemble des transferts fédéraux aux provinces et aux municipalités, que le Québec a reçu, en 2009, seulement « un milliard de plus [peut-être trois, selon d’autres calculs] que ne pouvait le justifier sa stricte part de la richesse collective ».
Comment font les Québécois, alors, pour se payer des programmes sociaux plus généreux? Ils paient plus de taxes et impôts, à hauteur de 23 milliards par année. C’est ça le modèle québécois, que l’actuel gouvernement libéral tente de faire régresser : plus d’impôts pour plus de programmes sociaux pour plus de justice sociale. Fortin conclut donc que l’affirmation selon laquelle l’État québécois vit aux crochets du Canada est de « la bouillie pour les chats ». Son modèle, il se le paie.
Tout de même, diront peut-être quelques pisse-vinaigre, notre appartenance à la fédération canadienne nous rapporte au moins entre un et trois milliards par année, dont nous nous priverions en faisant la souveraineté. On retrouve là la thèse du fédéralisme rentable pour le Québec. Bien des Québécois, en effet, ne se reconnaissent plus du tout dans le Canada et s’identifient essentiellement comme Québécois, mais ils hésitent à franchir le pas de l’indépendance pour des raisons économiques.
Dans son récent essai Un gouvernement de trop (VLB, 2012), Stéphane Gobeil, conseiller politique de Pauline Marois, se livre à une démonstration comptable du fait que le fédéralisme n’est même pas rentable pour le Québec. En analysant minutieusement toutes les dépenses du fédéral, en calculant ce que le Québec envoie à Ottawa et ce qu’il en retire, en proposant de prudentes hypothèses d’économies rendues possibles par la fin des chevauchements de responsabilités (faire une seule déclaration de revenus au lieu de deux, par exemple, permettrait des économies de 666 millions), Gobeil en arrive à la conclusion qu’un Québec souverain, donc privé des transferts fédéraux, serait plus riche de deux milliards par année et, surtout, enfin vraiment libre.
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