À la veille des célébrations reconnaissant la sainteté du frère André, les journalistes de l’émission Enquête de la SRC, Alain Gravel et Normand Grondin se sont livrés à une campagne de salissage de la communauté religieuse à laquelle appartenait le frère André, afin de jeter ombrage sur sa canonisation. Qu’il y ait eu chez les frères de Ste-Croix comme dans les autres communautés religieuses du Québec, des religieux qui ont abusé de leur pouvoir et qui ont agressé sexuellement des jeunes qui leur étaient confiés est une triste réalité que l’Église reconnaît aujourd’hui. Que des jeunes aient souffert de ces agressions et qu’ils demandent réparation à ceux qui en sont responsables, est une question de justice et de dignité.
Par ailleurs, qu’on blâme les autorités religieuses, les supérieurs des communautés, les évêques et même le pape, du silence entourant ces malheureux événements et qu’on les tienne responsables de la déviance de certains de leurs membres qui étaient sous leur autorité, c’est faire fi du contexte historique dans lequel se sont déroulées ces horreurs du passé et que l’émission Enquête n’a pas su démontrer. Au contraire, les journalistes qui ont préparé ce dossier ont tout fait pour discréditer, non seulement les frères de Ste-Croix, mais aussi l’Église catholique du Québec. En effet, l’émission du 30 septembre dernier fait preuve d’un journalisme à sensation qu’on peut voir à TVA ou sur d’autres chaînes privées et témoignent de la piètre qualité de journalistes qui ne cherchent aucunement la vérité, mais plutôt la cote d’écoute la plus élevée.
Tout était prévu : la musique de fond d’une gravité exceptionnelle, accompagnant le reportage, le ton alarmant et les superlatifs de l’animateur Alain Gravel : « La communauté religieuse la plus influente du Québec à laquelle appartenait le plus illustre des frères de Ste-Croix, le collège le plus réputé…La communauté dont l’actif est de 100 millions avec un oratoire qui vaut de l’or et un cimetière de la Congrégation la plus riche, la plus influente et la plus prestigieuse…Les membres de cette communauté ont de nombreux secrets lourds à porter qu’ils ont enterrés depuis très longtemps…etc… ». Et les invités : l’ex-frère Wilson Kennedy, qui, une fois sorti de communauté, se permet de parler au nom de tous les religieux : « Les parents nous avaient confiés leurs enfants et nous, on les a agressés sexuellement ». Et le pseudo spécialiste américain, le dominicain Thomas Doyle qui est en brouille avec son évêque et sa propre communauté religieuse. On donne des noms, on montre des visages, on accuse des religieux, on les filme à leur insu, même s’ils ont été acquittés par la cour, et tout cela, à partir d’un document confidentiel dont on doit taire le nom de son auteur. Et pour ajouter un peu de piquant à ce lynchage public des frères de Ste-Croix, on invite les personnes qui ont fréquenté les institutions dirigés par des religieux à appeler à Radio Canada pour dénoncer les agresseurs.
Comme prêtre catholique, cette émission m’a laissé un goût amer. Je peux comprendre que la pédophilie est aujourd’hui un crime grave qui peut détruire la vie de jeunes innocents. Il faut tout faire pour venir en aide aux victimes et éviter de tels drames. En même temps, je dénonce ce journalisme sensationnaliste qui sème la controverse, qui généralise les faits en accusant tous les religieux et qui abuse de son pouvoir médiatique pour discréditer l’Église catholique au lieu de faire la vérité. Comme bien d’autres, je refuse énergiquement cette façon de faire de l’information.

