Cette soirée festive qui faisait appel à notre mémoire collective sur la politique québécoise des 40 dernières années, avec la commémoration des deux référendums portant sur l’indépendance de la nation québécoise, fut une réussite à tous points de vue. La mise en scène de la fête, le spectacle, les prises de parole, les artistes invités, le rappel historique sur DVD, tout était impeccable. Personnellement, j’en suis ressorti avec une ferveur souverainiste renouvelée.
Cependant, je dois ajouter un bémol à la fête, sur le contenu du préambule de la déclaration d’indépendance du Québec, préparé en mai-juin 1995, par l’écrivaine Marie Laberge, en collaboration avec Gilles Vigneault, Fernand Dumont et Jean-François Lisée, à la demande du premier ministre de l’époque, Jacques Parizeau, et magnifiquement lu durant la soirée par Marie Tifault et Pierre Curzi. Ce manifeste rappelle les grandes valeurs québécoises : l’égalité homme-femme, le respect de la langue française, mais aussi des cultures autochtone et anglaise qui font partie de notre réalité, l’ouverture et l’accueil des étrangers qui viennent s’installer chez nous et qui nous enrichissent de leurs traditions et de leurs cultures respectives. Malheureusement, il n’y avait aucune allusion à la foi et aux valeurs chrétiennes, et à la religion catholique qui les a portées et qui les portent encore, difficilement et gauchement parfois, mais qui font aussi partie de ce que nous sommes.
Comment peut-on ignorer un tel héritage qui nous a été légué et qui nous a façonnés comme peuple et comme société? Je peux comprendre que l’Église catholique a laissé des traces lumineuses et sombres à la fois dans le cœur des québécois(e)s, mais faut-il les évacuer ou les ignorer parce que certains dirigeants de l’Église n’ont pas toujours été la hauteur de la mission qui leur était confiée? Ça m’attriste beaucoup de constater qu’on veut faire un pays avec un peuple que j’aime par-dessus tout, mais qui oublie tout un pan de son histoire. Si nous refusons de reconnaître le rôle et la place de l’Église catholique au Québec, ça signifie que nous sommes encore des ados en crise, incapables de nuancer l’apport significatif du catholicisme dans la croissance des hommes et des femmes d’ici qui veulent leur autonomie et leur indépendance.
L’Église catholique au Québec a eu et a encore plusieurs visages. Certains d’entre eux qui reflètent l’image d’un Dieu sévère qui juge, qui condamne et qui exclut sont rejetés d’emblée par l’ensemble des québécois(e)s. Par ailleurs, d’autres visages qui témoignent toujours de ce Dieu d’amour qui a accompagné nos ancêtres dans la foi chrétienne et qui portent encore un message d’espérance et d’amour aux femmes et aux hommes de notre temps, correspondent davantage à l’Église catholique dans laquelle se reconnaissent une majorité d’entre nous. Pourquoi ne pas en tenir compte dans la description de ce que nous sommes et dans la définition de ce que nous voulons devenir?
Raymond Gravel

