Cet oiseau tout honteux après cette disgrâce, voulut retourner chez les geais, mais ils le rebutèrent violemment, et lui donnèrent tant de coups de bec, qu’ils lui arrachèrent toutes ses plumes empruntées ainsi que la plupart de ses propres plumes; de sorte qu’il se vit méprisé des autres oiseaux, et même ceux de son espèce. ( D’après une fable d’Ésope )
Et que dire de ce chien traversant une rivière sur une branche, tenant dans sa gueule un morceau de viande, que la lumière du soleil fit paraitre plus gros dans l’eau, comme cela se produit normalement. Son avidité le poussa à vouloir s’emparer de ce qu’il voyait dans l’eau. Il lâcha donc ce qu’il portait dans sa gueule pour courir après cette ombre. C’est ainsi que sa gourmandise lui joua un vilain tour et qu’il apprit à ses dépens qu’il vaut mieux conserver ce que l’on possède, que de courir après ce qu’on n’a pas. ( D’après une autre fable d’Ésope )
Ces deux petites paraboles en disent long sur notre propension à paraitre et à tendre à se faire valoir au lieu de respecter la vérité de notre être. À vouloir jouer un rôle au lieu de cultiver la nature réelle de notre être, nous nous épuisons en vain à faire valoir des valeurs superficielles en oubliant d’accepter notre propre soi. Pour y arriver, il importe de parvenir à nous pardonner nos carences et à aimer notre propre soi. Assumer ou fuir notre condition humaine, symbolisée par le fameux labyrinthe construit par Dédale en Crète et il dont s’est échappé avec son fils Icare, après avoir été condamnés par Minos, ce juge réputé par sa sagesse. Pour Icare et son père Dédale, la fuite du labyrinthe devenait une question de survie étant donné qu’ils étaient destinés à servir de pâture au Minotaure. On sait qu’Icare s’est fabriqué des ailes avec des plumes fixées par de la cire. En voulant fuir ainsi, Icare a vu ses ailes s’effilocher à cause de la chaleur du soleil pour ainsi tomber en pleine mer. Pour nous aussi c’est une question de survie de transformer le labyrinthe de notre condition humaine en tremplin vers un salut, une plénitude. Décidément, le salut consiste en effet, à transformer les labyrinthes de nos impasses en trouées vers la lumière de la vie. Non pas fuir à la manière du geai sa condition mais l’assumer et l’ouvrir à la libération et à la plénitude.
Le geai a quitté la vérité de son être et s’est retrouvé complètement meurtri. Le chien a couru après une ombre en perdant l’emprise sur sa prise. Deux comportements et deux chemins sans issue. Une autre voie devient possible, explorons-la par cette parabole suivante. Un jour, un skieur un peu téméraire s’était aventuré sur une pente dangereuse à cause des avalanches possibles. Ce qui devait arriver arriva donc. Une coulée mortelle l’a enseveli sous un mètre de neige. Il fait tout pour se dégager mais en s’épuisant, il doute qu’il ne puisse un jour respirer le grand air de la montagne. Mais soudain, il crut percevoir l’odeur du parfum de sa femme. Ce parfum le rend encore plus fort pour se sortir de ce labyrinthe de neige et de ténèbres. Soudain, le skieur se dégage de sa fâcheuse position mais une nouvelle avalanche vint le couvrir une seconde fois. Se souvenant toujours du parfum de sa femme, il décuple ses forces pour se dégager de cette étreinte mortelle. Ce souvenir du parfum rallumait en lui le souvenir de ses amours et fouettait ses ardeurs à transformer ce labyrinthe mortel en tremplin vers la lumière et la liberté.
Les chrétiens ont tous reçu le parfum du Christ à leur baptême, ce parfum c’est celui du saint-chrême, c’est un parfum que tout baptisé doit répandre autour de lui par ses actes de salut. Se souvenant de ce parfum qui marque à jamais son être, le chrétien doit lutter tous les jours pour transformer les labyrinthes des détresses humaines en tremplins de salut. Ce parfum reçu au baptême nous engage à dégager la bonne odeur du Christ par nos œuvres de tendresse et de miséricorde. Ce parfum nous engage à dégager, à libérer, à faire œuvre de résurrection à la suite du Christ. Ce parfum baptismal nous rappelle qu’un chrétien c’est un oint par la force de l’Esprit-Saint pour pouvoir se dégager de tout enfermement et s’engager à dégager de tout enfermement toutes ces personnes qui vivraient les détresses de ce geai fuyant la vérité de son être ou celles de ce chien succombant aux ombrages des faux-paradis.
-Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, diocèse de Joliette, QC.
