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Regard acerbe d’un indignado sur le système financier

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Publié le 22 Juin 2012
Publié le 18 Juin 2012
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L'Action

La crise financière serait-elle en fait une crise morale? L’économiste catalan Arcadi Oliveres en est convaincu, et il a défendu cette thèse avec éloquence et humour lors d’une récente conférence au Cœur des sciences de l’UQÀM.

Sujets :
Lehman Brothers , Banque centrale européenne , Science-Presse , New Deal de Roosevelt , Tokyo , Espagne

Grande dépression, chocs pétroliers, éclatement de la bulle Internet… C’est bien connu, le capitalisme est cyclique, et les crises économiques reviennent aussi sûrement que la grippe saisonnière. Arcadi Oliveres est toutefois convaincu que la crise actuelle diffère de celles qui l’ont précédée.

Une crise d’un nouveau genre

« Auparavant, l’État intervenait pour compenser les cycles économiques, note-t-il. C’est l’esprit du New Deal de Roosevelt, dans les années 1930. Or, en ce moment, l’État a plutôt tendance à se retirer. » Autre grande nouveauté, le poids énorme de la spéculation, que tout semble contribuer à accroître. « Les gens peuvent maintenant spéculer de chez eux, poursuit l’économiste. Ils peuvent vendre à la Bourse de New York le soir ce qu’ils ont acheté à celle de Tokyo le matin! D’autant plus qu’il n’y a aucune limite à la circulation mondiale des capitaux. » Arcadi Oliveres pointe encore une fois du doigt les États, qui refusent de légiférer contre la spéculation débridée, mais se précipitent pour renflouer les banques lorsqu’elles menacent de s’écrouler. Il évalue à 4,6 billions de dollars l’argent que les États ont donné ou prêté aux banques depuis le 15 septembre 2008, date de la faillite de Lehman Brothers. Assez pour régler le problème de la faim dans le monde… 92 fois!

Comment en sortir?

L’économiste catalan est un fervent partisan de la taxation des transactions monétaires internationales, la fameuse « taxe Tobin ». Il rappelle qu’une grande partie de la spéculation mise sur des marges de profit infimes. Une taxe leur ôterait donc tout intérêt. Cela éliminerait environ la moitié de la spéculation mondiale, et rapporterait des sommes fort importantes, que l’économiste aimerait voir injectées dans les programmes sociaux ou le développement. Arcadi Oliveres explique le rejet de cette taxe par la mainmise des spéculateurs sur le pouvoir politique. Il rappelle que ceux qui ont voulu l’instaurer, comme l’ancien premier ministre britannique Gordon Brown, ont été rapidement rappelés à l’ordre. Il souligne aussi que le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner, le premier ministre italien Mario Monti et le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, sont tous des anciens de Goldman Sachs, une banque d’investissement attachée à la liberté de spéculer. Créer des banques éthiques est une autre avenue à envisager pour se soustraire aux attaques des spéculateurs. Celles-ci ne seraient pas cotées en Bourse, s’interdiraient tout investissement immoral, et investiraient pour générer des emplois, de la culture et pour protéger l’environnement. Enfin, Arcadi Oliveres est convaincu que la crise actuelle est aussi une crise du chômage et de l’environnement. Il est partisan de la décroissance et du partage du travail. « Il y a 5,5 millions de chômeurs en Espagne, lance-t-il. Impossible de créer des emplois pour tous. Il faut réduire la durée de la semaine de travail, et distribuer les emplois existants entre tous ceux qui peuvent travailler. » Jean-François Venne – Agence Science-Presse (www.sciencepresse.qc.ca)

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