« Au Québec, et c’est une bonne chose, nous allons à contre-courant des coupures fédérales. Il y a une plus grande volonté de faire quelque chose pour les océans », se réjouit Lyne Morissette, co-titulaire de la Chaire UNESCO en analyse intégrée des systèmes marins, à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (UQAR-ISMER).
Rappelons que le gouvernement fédéral a décidé récemment de couper 8 des 11 postes de chercheurs en écotoxicologie à l'Institut Maurice Lamontagne, phare scientifique de la recherche en biologie marine.
Lors de la première conférence de Rio — le Sommet de la Terre en 1992 — les participants avaient adopté la Convention sur la diversité biologique. Il a fallu attendre le Sommet de Nagoya sur la biodiversité, au Japon en 2010, pour que soit adopté un plan stratégique de 10 ans où figure la création d’un réseau d’espaces protégées de 10 % des océans – et aussi 17 % de la surface terrestre.
L’an dernier, le gouvernement québécois annonçait qu’il serait capable de remplir cet objectif dès 2015. Trop ambitieux? « Nous n’avons pas encore 1% au Québec (0,8%) d’aires protégées tandis que l’Australie affiche 40 % de protection de ses eaux », note la chercheuse.
Pour cela, un partenariat universités-gouvernement projette de créer un réseau d’aires marines protégées en analysant la biodiversité des richesses bleues du Québec. Plus de 100 critères sont actuellement soupesés — espèces rares (esturgeons, loup atlantique, etc.), espèces protégées (béluga), espèces en péril, écosystèmes particuliers, composition du fond marin, éléments physicochimiques, etc. — afin de dresser une carte où les chercheurs pourront pointer les zones prioritaires à protéger.
Le Parc Marin du Saguenay-Saint-Laurent — qui appartient déjà au réseau mondial des aires marines de conservation— en serait le fleuron.
Cette initiative pourrait de plus servir d’exemple au Canada, où la recherche en sciences marines se développe plus vite que la préservation de ses eaux.
Surpêche et autres périls bleus
« La surpêche est l’enjeu majeur des prochaines années. Il faut arrêter de pêcher des espèces en voie d’extinction comme la morue — toujours exploitée par endroits alors que le plan de rétablissement est toujours en développement », déclare Lyne Morissette. Pour elle, il importe dès à présent d’opter pour des pêcheries durables. Entre les années '70 et '90, l'abondance des poissons dans les eaux canadiennes a décru de 50 %. Dans l'océan Atlantique, la morue n'est pas le seul poisson à avoir souffert de la surpêche: la plie canadienne, le sébaste acadien, le grenadier de roche et la raie tachetée auraient diminué de plus de 90% depuis les années'60. Mais d’autres dangers menacent les océans. Tout d’abord, les changements climatiques qui, en modifiant le niveau des eaux, affectent à la fois l’érosion des berges et les populations le long des côtes. Ensuite, la perte de biodiversité. « Ce n’est pas seulement un concept attrayant. Ce que le monde a bien encore du mal à comprendre, c’est son importance » : un écosystème sera plus robuste et stable si l’on conserve toutes les espèces qu’il contient et pas uniquement celles en péril.
Du Saint-Laurent aux Antilles!
Deux aires protégées seront jumelées, celle du Parc Marin du Saguenay-Saint-Laurent et le sanctuaire AGOA, dans les Antilles. Ces eaux du Sud accueillent chaque hiver les grands mammifères marins que l’on peut observer au Québec l’été — rorquals à bosses et autres baleines. «Idéalement, nous voudrions aussi faire un corridor de conservation entre les deux sanctuaires», relève Lyne Morissette de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski. Son projet Sur la route des baleines vient de recevoir le soutien du Disney Worldwide Conservation Fund.
Isabelle Burgun (www.sciencepresse.qc.ca)
