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L'anxiété de performance peut se vivre à tous les niveaux académiques


Publié le 29 août 2017

L'anxiété de performance liée à l'école peut être vécue à tous les niveaux académiques, selon des psychologues

©Photo - Deposit Photos

RENTRÉE SCOLAIRE. Être le meilleur, ne pas se donner le droit à l'erreur, l'anxiété de performance liée à l'école peut être vécue à tous les niveaux académiques, selon des psychologues. Quelles en sont les causes? Comment les parents peuvent-ils aider leur enfant à diminuer ce type d'anxiété? Nancy Legendre, psychologue à la Clinique Psycho-Santé travaillant beaucoup avec les enfants, les adolescents et les familles, et Carole Lane, chef professionnelle en psychologie au CHU Sainte-Justine ont accepté de répondre à nos questions.

TC Media : Il y a des enfants qui peuvent vivre de l'anxiété de performance liée à l'école?

Nancy Legendre : L'anxiété de performance vient plus tard chez les enfants que l'anxiété de séparation. Les enfants vivant de l'anxiété de performance sont des enfants qui ne se donnent pas le droit à l'erreur. C'est plus présent chez les filles. Habituellement, c'est plus vers l'âge de huit ans ou de neuf ans. Or, ce type de clientèle tend à rajeunir dans ma pratique : j'en vois de plus en plus, de plus en plus jeune, dès la première année par exemple. L'anxiété de performance peut être vécue au primaire, au secondaire, au cégep, à l'université, etc. Je crois que l'anxiété de performance est alimentée par le courant de la société où tout va de plus en plus vite. Il peut y avoir une pression sociale ou parentale, ou les deux, sur les enfants pour qu'ils performent. Les enfants peuvent embarquer, malgré eux, dans notre société de performance. Par ailleurs, si un parent possède un tempérament performant, il est plus susceptible de mettre une pression sur son enfant pour qu'il performe.

Carole Lane : Les enfants vivant de l'anxiété de performance sont généralement des enfants déjà vulnérables au point de l'anxiété et pour lesquels la réussite scolaire devient une source de très grande anxiété. Par exemple, ce n'est pas le désir de réussir qui prime, mais la peur de l'échec. On peut en voir à tout âge au plan académique. Jusqu'à l'âge de huit ans, l'enfant recherche la gratification pour faire plaisir au parent. La gratification, c'est le sourire du parent. L'anxiété de performance se cristallise davantage au secondaire. Les exigences sont plus élevées et l'adolescence est l'âge où on se compare, où on veut faire partie du groupe, et, parfois, la réussite scolaire fait partie de ces enjeux. Ça peut aussi être volontaire ou issue d'une pression du parent, des familles où l'excellence est une valeur sacrée. Un enfant peut apprendre très jeune qu'il est valorisé s'il réussit bien à l'école. Cela peut induire l'anxiété de performance, laquelle, souvent, se traduit par un grand perfectionnisme.

TC Media : Quelles sont les causes et comment se traduit cette anxiété de performance?

Nancy Legendre : L’anxiété de performance se traduit par une peur de faire des erreurs, ce qui peut amener l’enfant à ne pas faire la tâche demandée. Par exemple, beaucoup d’opposition de la part de l'enfant peut cacher la peur de se compromettre, de faire des erreurs et d’être perçu négativement, d’être critiqué ou ridiculisé.  Ne pas se donner le droit à l'erreur peut avoir comme conséquence de freiner l'apprentissage chez l'enfant, parce que c'est souvent par l'erreur qu'on apprend. L'anxiété de performance est fortement liée à l'estime de soi. Un enfant qui est confiant se donne le droit à l'erreur. Un enfant qui n'a pas confiance a peur d'être ridiculisé. Dans la société, nous avons plutôt tendance à valoriser le résultat, la performance, plutôt que le chemin parcouru. Or, la valeur d'un enfant est égale à l’effort qu’il fournit. Malheureusement, cette tendance à valoriser le résultat, plutôt que l’effort, provoque des désastres pour l’estime des enfants.  C’est ce qui fait que des enfants qui performent moins bien vont s'étiqueter et se dire : je ne suis pas bon.

Carole Lane : Chaque cas est unique et les causes de l'anxiété de performance sont multiples. Il n'y a pas un enfant qui est pareil. Tout d'abord, chaque être humain vient au monde avec une disposition biologique d'être plus ou moins vulnérable à l'anxiété. L'anxiété est une réponse à ce que l'on perçoit. On ne nait pas tous égaux par rapport à notre capacité à gérer notre stress. Par exemple, on peut mesurer le taux de cortisol chez une personne et voir comment un individu est plus ou moins stressé. Ensuite, il y a plusieurs facteurs. Chaque enfant c'est son histoire, son millage, c'est ce qu'il faut regarder. Quand un enfant est examiné [dans ma pratique], on explore sa personnalité, son milieu familial, ses relations interpersonnelles, son adaptation à l'école, sa santé physique, etc.

TC Media : Comment les parents peuvent-ils aider leur enfant à réduire ou gérer leur anxiété de performance?

Nancy Legendre : Le meilleur remède pour contrer l'anxiété chez l'enfant, c'est le plaisir, susciter la curiosité chez lui, ne pas devenir contraignant. Quand on inclut de la curiosité et le plaisir, un enfant veut avancer. Il est important que le parent soit conscient du message qu'il passe à son enfant. Je demande souvent aux parents si leur enfant fait de son mieux. Il faut amener l'enfant à faire de son mieux. Ce n'est pas tant le résultat qui compte que le cheminement.

Carole Lane : Il faut respecter les forces et les limites de l'enfant. Le parent peut aussi faire une introspection : est-ce que c'est lui ou l'enfant qui veut, puis cibler le désir chez l'enfant. Pour un enfant vivant de l'anxiété de performance par rapport à la réussite scolaire, le parent peut valoriser d'autres sphères de sa vie, comme des activités qu'il fait et l'inciter à faire des activités où la performance et la compétition ne sont pas en jeu, comme du bricolage ou les scouts par exemple, c'est-à-dire quelque chose où la valeur est dans le plaisir et non dans le résultat, où le but ultime n'est pas nécessairement de gagner ou d'être le meilleur, mais de faire de son mieux et d'avoir du plaisir pendant qu'il le fait.