@T1:Un pont Lanoraie-Sorel? Non merci!

Lettre d'opinion

Publié le 23 décembre 2016

Il était intéressant de lire le compte-rendu de la réunion d’information sur le projet de pont reliant Lanoraie à Sorel-Tracy dans L’Action d’Autray avant les Fêtes. Il semble que cette réunion, à laquelle je n’ai malheureusement pu participer, ait interpellé mes concitoyens.

Fort bien, car ce projet privé, s’il est réalisé, aura un impact important sur Lanoraie et la région. Il importe donc que les citoyens s’impliquent et se mobilisent pour ne pas laisser le territoire et leurs municipalités se développer par la seule impulsion des promoteurs de projets divers. Il faut donc féliciter la municipalité de Lanoraie d’offrir de telles réunions d’information aux citoyens.

Si les avantages d’un pont pour une ville comme Sorel-Tracy, ville autrefois prospère mais quelque peu en déclin , sont évidents, il est loin d’en être de même pour un village comme Lanoraie, dont les citoyens, en grande majorité  lors de la dernière consultation populaire sur le Plan directeur, s’enorgueillissent de la tranquillité dont ils jouissent dans leur municipalité.

Il n’est pas évident que la construction d’un pont, avec l’achalandage de voitures qui l’accompagnera, soit en mesure de perpétuer cette tranquillité. D’autant plus que l’accès à l’autoroute 40 risque de nuire à l’écosystème riche et naturel des tourbières.

Il n’est pas évident non plus que les futurs usagers de ce pont qui utilisent actuellement le traversier pour aller travailler y gagnent au change.  Le prix d’une traversée sur le pont à péage  sera le même pour un chauffeur et son véhicule qu’il l’est actuellement sur le traversier (8.35$). La différence, c’est que le 8.35$ ira dans la poche d’un particulier dans le cas du pont, alors qu’il revient à l’ensemble des Québécois dans le cas du traversier, celui-ci étant la propriété d’une société d’État.

Ajoutons que ceux qui voudront traverser le fleuve à l’avenir, dont plusieurs touristes, ne pourront plus bénéficier de ce plaisir rare de jouer aux plaisanciers le temps d’une traversée sur le fleuve.  Si la Société des traversiers, qui soit-dit en passant fournit un emploi de qualité et bien rémunéré à des dizaines de travailleurs de la région, n’est pas exempte de critiques et qu’il est justifié de remettre en cause les récentes augmentations de tarifs, cela ne veut pas dire de se lancer tête première dans la construction d’un pont qui dénaturera le paysage côtier du fleuve, entre Lanoraie et Sainte-Geneviève de Berthier.

 

Un changement bénéfique pour qui?

M. Poirier a souligné lors de la rencontre  «Dans n’importe quel gros projet, les gens ont peur du changement». Cette rhétorique, utilisée par plusieurs promoteurs de divers projets pour disqualifier les opposants en les faisant passer pour des conservateurs  frileux, ne fonctionne malheureusement plus et ne convaincra personne de la pertinence de son projet de pont. Tout changement n’est pas nécessairement bénéfique et l’Histoire comporte son lot de changements dont l’humanité et les communautés se seraient bien passées…

À cet égard, M. Poirier, qui dit vouloir donner à la communauté en construisant ce pont avec son argent, ne fait pas mention des bénéfices importants qu’il retirera grâce au changement qu’il préconise.  Non seulement ce pont constitue un placement important qui permettra à M. Poirier de faire fructifier son capital, mais en plus, ce pont constituera un atout important permettant d’attirer plusieurs acheteurs potentiels dans les importants projets immobiliers de M. Poirier, comme celui du secteur de Tracy.

Ces dernières décennies, la couronne montréalaise s’est grandement développée, allant de pair avec  le dézonage agricole sauvage, la déforestation,  l’étalement urbain, la corruption d'élus et l’infiltration du crime organisé dans la construction et dans les développements résidentiels et commerciaux. Dépourvu de lignes directrices claires et cohérentes et laissé au seul profit des divers promoteurs, ce développement s’est souvent fait de façon anarchique et sans aucun respect de l’histoire, du territoire et de l’urbanisme des villes et villages concernés.

 La couronne montréalaise étant désormais saturée, des gens d’affaires comme Luc Poirier mirent davantage la région et au-delà de la couronne montréalaise. C’est dans un tel contexte qu’il faut situer son projet de pont entre Lanoraie et Sorel-Tracy. Ce pont vise à faciliter le développement résidentiel et commercial de part et d’autre du fleuve.

Au regard de cet état de fait, la question qui se pose est celle de savoir si les intérêts particuliers de M. Poirier et des gens d’affaire qui l’appuient vont de pair avec ceux de l’ensemble des Lanorois. Quel avenir ces derniers veulent-ils pour leur municipalité? Veulent-ils continuer d’habiter un petit village coquet et historique fier de son accès au fleuve, de ses tourbières, de son agriculture, de ses bois et de sa tranquillité? Ou veulent-ils que l’étalement urbain  qu’a connu la couronne montréalaise ces dernières années s’étendent jusqu’à eux?  Veulent-ils que Lanoraie devienne comme toutes ces villes sans âmes parsemées de quartiers résidentiels, de Mc donalds, Tim Hortons et autres grandes chaînes commerciales?

Il y a sans doute des améliorations à apporter au village de Lanoraie et à la qualité de vie de ses habitants, comme de doter la rue Notre-Dame de petits commerces chaleureux et typiques, mais je ne crois pas qu’un pont et tout ce qui viendra avec puissent y contribuer…

 

Martin Lavallée, résidant de Lanoraie