Pas de panique…

La chronique hockey de Martin McGuire

Publié le 17 janvier 2017

Carey Price

©THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson

Je ne parlerai pas de panique actuellement, mais le mot inquiétude se répand partout au Québec. Ça n'a rien à voir avec le prix de l'essence ni une décision controversée de nos dirigeants politiques ni la météo. C'est plutôt Carey Price.

Sans faire de mauvais jeu de mots avec la météo, Price est le baromètre du Canadien (CH); quand il va, tout va bien, quand il va moins bien, l'équipe peut démontrer des signes de faiblesse.

Il est devenu tellement indispensable au CH que lorsqu'il est « un peu moins bon qu'excellent», les gens s'inquiètent. Analysons, si vous le voulez bien, les derniers départs du gardien du Canadien.

Dans la défaite de 4 à 1 au retour de l'équipe après le long congé des Fêtes contre Washington, Price n'a pas été excellent ni mauvais. C'est devant lui qu'on a remarqué quelques signes de faiblesse.

Le Canadien s'est brillamment relevé en écrasant les Jets de Winnipeg 7 à 4 deux jours plus tard, mais c'était son auxiliaire Al Montoya qui bloquait les rondelles.

L'hécatombe est survenue le lendemain, lorsqu'au Minnesota, le prodigieux gardien du CH a accordé 7 buts au Wild. Sept buts! C'est quand même pas rien.

Il s'agissait ce soir-là d'une contre-performance générale, mais Price a préféré demeurer devant le filet. Laconique lors de ses réponses après le match devant les journalistes, il a pris une bonne partie du blâme, mais il a dit que l'équipe avait cruellement manqué d'attaque.

Ce soir-là, pour éviter une autre controverse comme celle qui a frappé le club avant Noël lorsqu'il a retiré son gardien vedette devant ses partisans, Michel Therrien, en bon entraîneur, a donné l'option au principal intéressé. Avec l'entraîneur des gardiens, Stéphane Waite, Price a pris la décision de rester devant le filet, même si le CH n'était plus dans le coup.

Après le match, il expliquait que les joueurs devant lui ne pouvaient être retirés d'un match qui tourne mal. Alors pourquoi aurait-il ce privilège, alors que ses coéquipiers doivent endurer le calvaire jusqu'à la fin? C'est ce qu'il a fait, au détriment de ses statistiques.

Fouillons un peu plus loin dans la carrière du gardien, pour s'apercevoir que dans des moments-clés de son parcours, comme au Championnat mondial de hockey junior, où après une performance en dents de scie face aux Américains, il aura volé la possibilité d'un dernier but en tirs de barrage pour amener son équipe en finale.

Lorsqu'il a gagné la Coupe Calder avec les Bulldogs, le club-école du Canadien, quelques mois après, Price n'avait pas été le gardien qui affichait les meilleures statistiques des séries cette année-là, mais il avait été celui qui tout au long de la saison à Hamilton avait fait les bons arrêts au bon moment.

Pour reprendre une expression bien connue au Québec, «L'arrêt tue». L'arrêt qui tue, il l'a réalisé lors des Jeux de Sotchi de 2014, encore là face aux Américains. Et face aux Lettons, Price a été intraitable lorsqu'est venu le moment de sauver la partie.

Il a également répété l'exploit au début d'octobre dernier, alors qu'au 2e match de la finale de la Coupe du monde, il a réalisé le dernier arrêt, le plus important, face à Marian Hossa, qui en marquant, aurait poussé le débat en prolongation et peut-être, sait-on jamais, aurait mis le Canada le dos aux câbles dans un match limite pour le titre. Mais Price a encore fait l'arrêt.

Ce qui manque à son cv est une Coupe Stanley. Il y a deux ans, à Las Vegas, Price a remporté tous les trophées possibles pour un gardien. Il n'y a toutefois pas eu de parade sur la Sainte-Catherine. C'est ce défilé que souhaite maintenant Price.

Le reste des compétitions importantes qu'un joueur de hockey peut souhaiter gagner, il les a remportées. Alors non, je ne suis pas inquiet. Ne vous faites pas de bile si le pourcentage d'efficacité de Price passe de .939 à .921. Ces chiffres en ont pris un coup lorsqu'il a décidé, par solidarité, de rester devant le filet, derrière une équipe déjà battue après deux périodes au Minnesota.

Peu importe, si Price termine 3e, 4e ou même 8e parmi les meilleurs gardiens de la LNH, statistiquement parlant, l'objectif est d'amener le Canadien au Saint-Graal. À ce chapitre, Price a déjà fait une bonne partie du boulot. Au moment d'écrire ces lignes, le Canadien se préparant à affronter Détroit avait 60 points en banque après 44 parties jouées. La grande majorité de ces 27 victoires, soit 21, ont été décrochées par Price. C'est celle-là la statistique importante.

À la fin de la saison, est-ce qu'on se souviendra des performances de Dubnik, Holtby ou Bobrovsky si ces trois gardiens tombent en vacances avant la finale? Probablement pas.

Certains amateurs, peut-être l'êtes-vous, sont maniaques de statistiques avancées et pourront établir qu'à la fin de la saison, Price n'a pas complètement dominé ses adversaires. L'important est d'amener le CH en séries avec une bonne vitesse de croisière et avec confiance. L'important, C'est les victoires et de positionner l'équipe pour les séries, à son summum.

Un ensemble de facteurs permet à une équipe de savourer un championnat. La santé de ces joueurs, le moment où la plupart des leaders atteignent leur peak, la qualité de l'esprit de groupe et un peu de chance, font souvent la différence. Dépendamment de ce que pourra ou ne pourra faire Marc Bergevin d'ici la date limite des transactions, où le CH aura aussi besoin d'un peu de chance pour réaliser un tour de force, Price continuera de faire son boulot. J'en suis convaincu.

Les dernières semaines ont toutefois démontré qu'Andrei Markov est encore indispensable à cette équipe. Le duo Jeff Petry et Nathan Beaulieu a adéquatement remplacé le Russe pour un temps, mais les récentes performances de l'équipe en défensive ont démontré que le CH a encore besoin du bon vieux Andrei.

Maintenant que Galchenyuk et Shaw sont revenus, en silence, Michel Therrien et Marc Bergevin doivent espérer que Markov recommence à donner des coups de patin. C'est en partie lui qui, avec Shea Weber, équilibre la ligne bleue du Canadien.

Dans les paramètres importants pour faire du CH une équipe championne, l'équilibre de la cette ligne bleue est un atout majeur. Rappelez-vous les glorieuses années 70, où le CH comptait sur Savard, Lapointe et Robinson, et souvenez-vous ce que ces trois hommes ont apporté à l'équipe et à Ken Dryden.

Aussi extraordinaire soit-il, Price a besoin de Markov. Il est mieux protégé maintenant avec Weber, mais non seulement pour défendre et aussi pour relancer l'attaque et faire en sorte que le CH puisse exploiter ses qualités, soit la rapidité de la transition, le vieux Andrei et ses passes magiques n'a pas son pareil. Phillip Danault a eu beau remplacer Alex Galchenyuk adéquatement, personne n'a pu en faire autant depuis la perte de Markov.

Stagnation

C'est avec une grande déception que je prends note dans cette semaine du 16 janvier que la LNH, le CIO et la Fédération internationale de hockey, n'ont toujours pas conclu d'entente pour la participation des joueurs de la LNH aux Olympiques de 2018, en Corée.

Le dossier traîne encore. Garry Bettman semble bien assis sur ses positions et ne tient pas trop à participer aux Olympiques en Corée. Jusqu'à quel point les joueurs et le mouvement olympique peuvent-ils faire plier Garry Bettman? Ou plutôt conclure une entente qui le fera bien paraître? Parce qu'à la fin de la journée, plusieurs savent que Bettman ne plie jamais, il ne fait que sortir gagnant d'une négociation dans laquelle il a laissé tomber quelques cartes à ses adversaires. Que les gens face à lui se le tiennent pour dit.

Pendant ce temps, à Calgary, le numéro un de Hockey Canada, l'ancien entraîneur de la LNH Tom Renney, avec l'accord de ses patrons, a scindé son poste en deux. Selon mon collègue Dany Dubé, qui a travaillé longtemps au programme olympique, c'est un signe.

Tom Renney, ayant déjà été entraîneur et directeur-gérant dans la LNH, a les compétences pour mettre sur pied rapidement un programme visant par exemple à amener les patineurs de moins de 23 ans aux prochains Jeux d'hiver. Renney a laissé la paperasse et les tâches administratives à quelqu'un d'autre et se prépare à redevenir un homme de hockey, qui aura peut-être la tâche de mettre sur pied une équipe qui nous représentera aux JO si Garry Bettman ne fait pas une ou deux concessions pour envoyer les vedettes de la LNH aux Jeux.

Rappelez-vous, au soccer, c'est à cette solution qu'ils en sont venus. Dossier à suivre…

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