Carrières Avis de décès Classées Édition Électronique

Recherche

Recherche par terme

Journaliste

Date de parution

_

Catégories

Justice

Retour

27 Mars 2018

Geneviève Geoffroy - ggeoffroy@lexismedia.ca

Un policier risque d'être destitué pour avoir tabassé un père de famille

©Photo L'Action - Archives

JUSTICE. Un policier de la Sûreté du Québec risque la destitution pour avoir tabassé un père de famille qui allait reconduire sa fille à la garderie, à Lanoraie, en décembre 2014.

Guillaume St-Louis, 36 ans, a été déclaré coupable, le 8 décembre 2017, de voies de fait causant des lésions corporelles pour avoir utilisé une force excessive quand il a rué de coups et blessé sa victime avec son bâton télescopique lors d'une intervention routière.

L'agent de la Sûreté du Québec du poste de Lavaltrie venait d'intercepter Alexandre Hébert en plein cœur d'un quartier résidentiel pour les vitres teintées de son Acura grise. L'interception a rapidement dégénéré. En moins de 10 minutes, Alexandre Hébert a été aspergé de poivre de Cayenne au visage et il a reçu plusieurs coups de bâton télescopique aux jambes, ainsi qu'aux mains. Il a aussi reçu deux coups à la tête alors qu'il luttait au sol avec le policier, avant d'être arrêté.

Lors de son procès, Guillaume St-Louis s'est défendu d'avoir agi par légitime défense par crainte pour sa sécurité face à un homme qu'il a qualifié d'«arrogant » et d'« agressif »,  mais le juge Carol Richer a conclu qu'il n'avait pas agi de manière raisonnable.  

Possible destitution

Guillaume St-Louis n'a jamais envisagé de faire un autre métier depuis son adolescence, selon ses proches, dont des lettres ont été lues à la cour. Or, ce verdict de culpabilité peut, à lui seul, faire en sorte qu'il perde son emploi à la Sûreté du Québec, alors que lui aimerait reprendre la patrouille.

La Loi sur la police indique en effet qu'un policier ayant été reconnu coupable d'avoir commis un crime comme lui risque une sanction disciplinaire ou la destitution, « à moins qu’il ne démontre que des circonstances particulières justifient une autre sanction ».

« Le lien d'emploi est ébranlé […] Les conséquences sont extrêmement importantes pour Guillaume St-Louis », a plaidé son avocate, Me Nadine Touma, lors des représentations sur la peine, le 26 mars, au palais de justice de Joliette.

Guillaume St-Louis est suspendu avec solde depuis le 3 juin 2015, après qu'une enquête des normes professionnelles ait été déclenchée contre lui. Puis, le 21 juillet suivant, le processus judiciaire s'est enclenché. Guillaume St-Louis, qui a 13 ans de service à la Sûreté du Québec,  devra prochainement faire face à une audition au sujet du maintien de son lien d'emploi, selon son avocate.

S'il était condamné à une peine impliquant un casier judiciaire, la réintégration de Guillaume St-Louis serait encore plus à risque, a plaidé son avocate au juge Carol Richer. C'est pourquoi elle a demandé au juge Richer de l'absoudre inconditionnellement.

« Oui la dissuasion générale est importante, mais elle est rencontrée par le long processus judiciaire, la mise en accusation, le verdict et la médiatisation du dossier », a-t-elle plaidé.

Message clair

L'avocate de la poursuite, Me Andrée-Anne Marion, a quant à elle réclamé que le policier écope d'une condamnation avec sursis, qui impliquerait un casier judiciaire, d'une probation de deux ans ainsi que de 200 heures de travaux communautaires.

Selon elle, lorsqu'un policier fait face à une accusation criminelle, il importe d'accorder une importance particulière au message envoyé à la population. Elle a aussi montré une inquiétude quant au désir de Guillaume St-Louis de retourner à la Sûreté du Québec.

« Il veut retourner faire son travail et il représente un facteur de risque selon la violence de l'évènement avec Alexandre Hébert. Il a choisi de prendre la voie de la violence plutôt que de désamorcer la situation. Pour lui, c'était “vaincre ou perdre”», a-t-elle dit, tout en soulignant que Guillaume St-Louis possède un dossier disciplinaire pour avoir insulté deux autres agents de la paix.

« L'enfer »

Aujourd'hui, sa victime a peur quand elle voir une autopatrouille. Cet évènement, a-t-elle décrit, lui a créé une multitude de problématiques.

« Depuis trois ans, je vis du stress que je n'ai jamais demandé. Je tourne en rond, je ne sais plus quoi faire avec ça. C'est l'enfer […] J'ai l'impression d'être seul dans le monde, que personne ne comprend ce que j'ai vécu », a décrit Alexandre Hébert à la cour.

Déjà en dépression au moment de son altercation avec Guillaume St-Louis, Alexandre Hébert est ensuite tombé en dépression majeure.

©Photo L'Action - Archives

Alexandre Hébert

« Je me suis isolé et renfermé sur moi-même pour ne pas affecter personne, mais ça a créé des dommages collatéraux. Ça a affecté tout mon entourage » a-t-il souligné.

Il n'est pas retourné à son travail de chaudronnier depuis et il ne sait pas s'il en sera capable.

Il estime ne plus en avoir la force psychologique. Il a aussi affirmé avoir des séquelles physiques de l'altercation.

Selon un rapport médical, il a souffert d'un traumatisme craniocérébral léger. Sa main n'est « pas à 100 % » selon lui.

« J'ai aussi des problèmes avec mes genoux et j'ai des maux de tête fréquents », a-t-il dit, ajoutant qu'une expertise médicale était en cours.

Guillaume St-Louis doit revenir devant le tribunal en mai pour recevoir sa sentence.

Politique d'utilisation Politique de confidentialité

Réalisé par