Un manque de services qui mène à l’urgence dans Lanaudière

Selon une étude de l’IRIS, 51 % des visites au Centre hospitalier De Lanaudière sont considérées comme « non urgentes ». (Photo Médialo – Jason Joly)
Selon une étude de l’IRIS, 51 % des visites au Centre hospitalier De Lanaudière sont considérées comme « non urgentes ». (Photo Médialo – Jason Joly)

Une étude rédigée par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) rapporte que 37,9 % des visites à l’urgence de l’hôpital Pierre-Le Gardeur et 51 % de celles au Centre hospitalier De Lanaudière (CHDL) sont considérées comme « non urgentes ». Le chercheur à l’origine de cette analyse, Guillaume Tremblay-Boily, a toutefois découvert que contrairement à une idée préconçue, les usagers ne s’y rendent pas par incompréhension du rôle des urgences, mais plutôt en raison d’un manque de services en amont qui les contraint à prendre cette décision.

Au cours d’entretiens individuels, d’un cercle de discussion avec des personnes atikamekw ainsi que d’un sondage en ligne, auquel ont participé 600 individus, des témoignages ont été récoltés et ont permis à M. Tremblay-Boily de voir la situation sous un autre jour. « J’ai constaté que les gens font énormément d’efforts pour essayer d’éviter les urgences, mais que, pour toutes sortes de raisons, c’est complexe pour eux d’accéder aux services nécessaires », relate-t-il.

En cas de problèmes de santé, les personnes sont d’abord invitées à utiliser le Guichet d’accès à la première ligne (GAP) ou les Groupes de médecine de famille (GMF) pour évaluer leur cas. Plusieurs participants de l’étude ont toutefois noté des difficultés pour avoir accès à un professionnel. « Même si des usagers ont des médecins de famille assignés à leur dossier, ils ne parviennent pas toujours à rencontrer ces derniers par manque de disponibilités », remarque le chercheur de l’IRIS.

La prise de rendez-vous apporte également son lot d’embuches, alors que les plages horaires et les heures auxquelles les patients doivent s’inscrire sont limitées. Une autre alternative citée pour éviter d’aller aux urgences est de contacter Info Santé, mais l’objectif n’est pas toujours accompli selon Guillaume Tremblay-Boily : « Certaines personnes m’ont partagé que les infirmières du 811, par prudence, leur disent d’aller aux urgences. »

Invité à réagir sur ce manque de services dénoncé, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière assure que « près de 93 % des usagers ont maintenant accès à un service de première ligne ». Des actions concrètes, telles que l’agrandissement du CLSC de Chertsey, l’ajout d’un point de service satellite IPS à Saint-Esprit ou encore la bonification des services de premiers répondants sur tout le territoire ont été entreprises dans ce but.

« Les efforts de nos équipes portent fruit et nous demeurerons fermement engagés à poursuivre ce travail d’amélioration continue, qui constitue une priorité pour notre établissement »

– le CISSS de Lanaudière

Poursuivre les efforts de sécurisation culturelle

Les usagers atikamekw qui ont participé au cercle de discussion ont pour leur part noté une amélioration des expériences vécues au CHDL depuis quelques années. Malgré des mesures mises en place pour offrir des services culturellement sécurisants, l’étude de l’IRIS tend à révéler que certains participants rapportent des interactions négatives avec le personnel hospitalier. « Ils sentent qu’il y a encore de la discrimination, que ce soit par des regards ou un ton méprisants, ainsi que des commentaires insultants », relate M. Tremblay-Boily. L’embauche d’agents en sécurisation culturelle au sein de l’hôpital est une initiative applaudie, mais les témoignages recueillis auprès de ces derniers dévoilent que ces actions sont considérées comme insuffisantes.

De son côté, le CISSS de Lanaudière confirme que des efforts continus ont été faits depuis le rapport de l’IRIS dans le but de toujours mieux répondre aux besoins des usagers atikamekw. Le comité Respect et mieux-être des personnes autochtones de la région de Lanaudière a été fondé afin de réunir les principaux décideurs de la communauté de Manawan et du CISSS. La Place Wicakemowin a également été créée, de même que la table de concertation Orisinahiketan, en collaboration avec le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière. « Le nouveau plan d’action 2025-2027 de la table, conçu en regard des besoins et des enjeux prioritaires identifiés pour les personnes autochtones, nous permettra d’ailleurs de maintenir cette étroite collaboration avec les dirigeants et partenaires de la communauté », mentionne l’établissement. Ce dernier précise finalement que son équipe de sécurisation culturelle apporte du soutien aux usagers souhaitant bénéficier d’un accompagnement au CHDL et dans ses autres installations.

Recommandations

En prenant en compte ses observations et les commentaires reçus lors de l’étude, Guillaume Tremblay-Boily a élaboré neuf recommandations pour améliorer l’accès aux soins dans la région et ainsi éviter aux usagers de se tourner vers l’urgence.

L’une d’elles consiste à redonner aux CLSC leur rôle d’antan alors qu’ils agissaient comme porte d’entrée du réseau de la santé et orientaient les patients. « Les CLSC étaient dirigés par des équipes multidisciplinaires. Aujourd’hui, le système nous incite à toujours passer par un médecin avant d’accéder à un autre service et c’est un problème », soutient le chercheur. Il remarque d’ailleurs que les services de proximité qui y sont offerts, comme le programme d’Infirmière en milieu rurale, sont d’ailleurs très appréciés des Lanaudois.

Comme autres recommandations, M. Tremblay-Boily propose de rendre possible la prise de rendez-vous en continu dans les cliniques, plutôt que de la limiter à des plages horaires, et même de permettre aux usagers de s’inscrire sur place. Il suggère aussi d’élargir les services offerts en pharmacie. De plus, la mise en place d’un nouveau point de service de première ligne dans Lanaudière-Nord devrait, selon lui, être considérée.

Le chercheur encourage finalement le financement d’organismes ou de programmes, tels que celui des Initiatives de travail de milieu auprès des aînés en situation de vulnérabilité. Puisque plusieurs citoyens se tournent également vers leur municipalité pour demander de l’aide, Guillaume Tremblay-Boily propose de former les réceptionnistes afin qu’ils puissent accompagner et guider les personnes vers les bonnes ressources.

La prise de témoignages s’est déroulée de la fin 2023 jusqu’au printemps 2024. Depuis ce temps, M. Tremblay-Boily avoue ne pas savoir si des mesures ont été prises par le CISSS de Lanaudière dans cette optique. Le but de cette étude était principalement de faire part des commentaires des usagers, d’apposer des recommandations et de laisser l’institution agir en conséquence.

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