Itinérance: Le milieu communautaire et les citoyens invités à réagir sur la question

Des représentants de Santé Québec Lanaudière, de la Sûreté du Québec et d’organismes lanaudois étaient présents pour répondre aux questions du public. (Photo Médialo – Jason Joly)
Des représentants de Santé Québec Lanaudière, de la Sûreté du Québec et d’organismes lanaudois étaient présents pour répondre aux questions du public. (Photo Médialo – Jason Joly)

Dans l’optique d’informer et d’échanger sur la question de l’itinérance dans la région, Santé Québec Lanaudière a organisé une consultation réunissant des représentants d’organismes du milieu et des citoyens. L’institution a profité de l’occasion pour présenter les grandes lignes de son Plan d’action régional en itinérance, en plus de répondre aux interrogations et aux inquiétudes portées par les personnes présentes.

Lanaudière peut compter sur le Plan d’action régional et communautaire intégré en itinérance pour agir de différentes manières afin de contrer cette problématique. Le directeur adjoint des programmes santé mentale et dépendance à Santé Québec Lanaudière, Norman Gugg, a informé que ces démarches sont initiées en suivant les principes du Plan d’action interministériel en itinérance. Ce dernier présente 14 actions ainsi que 31 mesures et donne accès à un financement pour mettre en place ses objectifs. « C’est ensuite à nous de former notre propre plan régional », a précisé M. Gugg.

Des montants ont donc été octroyés afin de réaliser plusieurs mesures, notamment en soutenant des organismes communautaires dans le but qu’ils accompagnent des jeunes qui quittent les centres de réadaptation. Du financement a aussi été donné à des services d’hébergement d’urgence pour les femmes et les places au sein du Programme de supplément au loyer ont été bonifiées. De plus, des sommes ont été attribuées aux ressources d’hébergement de Lanaudière pour rehausser les services de proximité en dépendance pour les personnes en situation d’itinérance.

Un nouveau plan d’action est en élaboration, mais Norman Gugg précise que des mesures continuent d’être financées durant cette attente. Il souligne que Lanaudière n’a rien à envier aux autres régions en matière d’intervention en itinérance. Sa structure de concertation, qui combine l’expertise de groupes communautaires, de ministères, de Santé Québec Lanaudière et de partenaires du milieu, lui donne une belle reconnaissance. M. Gugg constate tout le travail fait sur le terrain. Il confie toutefois que la solution pour contrer la problématique ne se résume pas seulement à davantage de financement, mais à plus d’actions qui vont au-delà du domaine de la santé comme d’augmenter le nombre de logements sociaux.

L’insécurité, le sujet principal

Lors de l’assemblée publique, l’assistance a été invitée à partager ses questions par rapport à l’itinérance. La majorité des interventions concernait le sentiment d’insécurité de citoyens vivant près des ressources d’hébergement dans le centre-ville de Joliette.

Jean-François Massicotte est venu témoigner de son quotidien en tant que voisin de La Hutte. Tous les jours, il assiste à diverses situations impliquant les usagers du centre. Il a partagé son malaise à ce que les ressources de sa ville accueillent des personnes vulnérables provenant d’autres grands centres. « Je ne pense pas que les citoyens de Joliette doivent payer pour ceux qui habitent ailleurs et viennent sur notre territoire. Nous pouvons les aider […], mais que Joliette soit un pont pour faire venir des gens de partout, je ne suis pas d’accord ».

En réponse à cette intervention, François Savoie, directeur général de La Hutte, précise que l’établissement de Joliette accueille environ à 85 % des personnes qui proviennent de la ville : « Nous ne déplaçons pas les gens d’une maison à l’autre. » Il se dit conscient de la pression qu’exerce l’itinérance sur les communautés, mais M. Savoie garantit que l’entraide qui se manifeste entre les différents partenaires peut venir à bout du problème : « C’est ce que nous sommes en train de faire de façon importante à Joliette. » Avec ses trois centres, La Hutte effectue, à elle seule, 1000 placements en logement par année : « Nous ne travaillons pas à maintenir les gens en itinérance, nous les aidons à s’en sortir. »

Une citoyenne a renchéri en évoquant qu’un sentiment d’insécurité peut être vécu même lorsqu’il n’y a pas de méfait visible. « Si je me promène dans la rue, le soir, et que je rencontre trois ou quatre itinérants qui viennent me parler, je ne me sens pas en sécurité. Pas parce que je les juge d’avance, mais parce que je me sens vulnérable », a-t-elle confié. François Savoie reconnait que « les phénomènes que l’on ne comprend pas bien nous font peur », mais il informe que les cas de personnes en situation d’itinérance qui agressent des citoyens sont très rares. « Elles sont plus propices à être victimes de violence que l’inverse », a admis le directeur général de La Hutte.

L’itinérance est un phénomène de plus en plus visible. (Photo Médialo – Jason Joly)

La parole a ensuite été donnée à la conseillère de Joliette, Danielle Landreville. Cette dernière a expliqué que, résidant près du parc Lajoie, elle était témoin quotidiennement d’altercations entre personnes itinérantes. « Il y a des gens qui me disent qu’ils ne veulent plus aller se promener dans le parc parce qu’ils ont peur », a-t-elle soutenu. Elle affirme que les organismes et la Ville font ce qu’ils peuvent pour aider les gens vulnérables, mais elle se demande s’il existe des individus qui ne veulent tout simplement pas être aidés.

François Savoie a raconté avoir déjà interrogé des personnes en situation d’itinérance afin de savoir ce qu’elles désirent le plus. Leur réponse avait été en grande majorité de se trouver un logement. « Elles ne savent pas comment [s’en sortir] et, plutôt que d’avouer qu’elles n’ont pas choisi d’être dans la rue, elles vont dire que c’est leur choix. Mais je n’ai jamais vu personne qui voulait rester à la rue », a estimé le directeur de La Hutte. Il a reconnu qu’environ 2,5 % des personnes en situation d’itinérance présentent des profils et des comportements difficiles, souvent liés à une enfance mouvementée. « Il faut trouver un moyen d’aider ces gens, mais ils représentent seulement un petit pourcentage de la population itinérante. »

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