TGV Alto | Les voix s’élèvent dans Lanaudière

  • Publié le 30 oct. 2026 (Mis à jour le 30 oct. 2026)
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Le TGV Alto pourrait morceler les terres de l'agriculteur de Repentigny, Guillaume Alary. (Photo Médialo - Marie-Christine Gaudreau)
Le TGV Alto pourrait morceler les terres de l’agriculteur de Repentigny, Guillaume Alary. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Guillaume Alary représente la troisième génération d’une ferme familiale de grandes cultures établie depuis des décennies sur le chemin de la Savane, à Repentigny. Les terres qu’il cultive avec toute sa passion et le savoir-faire qui lui a été transmis par son père et son grand-père sont en périls. Elles pourraient être scindées en deux par le train à grande vitesse (TGV) Alto. La gorge nouée par l’émotion, il a lancé un cri du cœur.   

« Quand j’ai décidé de reprendre le flambeau de l’entreprise, quand j’avais 17 ans, j’ai fait mes études en agriculture et je n’ai pas acquis mon diplôme en me disant qu’un jour, il y aurait un projet comme ça qui viendrait probablement me menacer. Mon métier, c’est ce que je fais de mieux dans la vie », a témoigné l’agriculteur en laissant bien malgré lui rouler quelques larmes sur ses joues.

Sa ferme produit du maïs, du soya, du blé et du foin qui servent à nourrir des milliers de Québécois, mais aussi d’animaux, annuellement. Depuis que Guillaume Alary a appris l’hiver dernier que sa ferme se trouvait dans la zone étudiée par le groupe Alto pour le tracé de son TGV, il explique avoir le sentiment qu’un « gros nuage lui plombe au-dessus de la tête ».

Si le corridor analysé par Alto s’étend sur 10 km, l’agriculteur n’est pas dupe : « Quand on regarde la carte du corridor, ici même, à Repentigny, on se trouve dans le goulot d’étranglement le plus étroit. Quand on regarde à vol d’oiseau, on est très très loin d’un 10 km. On parle plus d’un 2,5 à 3 km. Force est de constater que si un jour le projet vient à bout, c’est sûr que je me sens incroyablement menacé ».

Ces terres derrière Guillaume Alary appartiennent à sa famille depuis des décennies. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Des dizaines de fermes menacées

Le producteur agricole craint ce qu’il pourrait advenir de ce bien familial si une voie ferrée devait y être construite. « Si notre terre est coupée en deux, est-ce qu’on a accès encore pour aller de l’autre côté? Est-ce que finalement la terre est scindée en deux de façon permanente ? Est-ce que c’est terminé? On est là-dedans, puis Alto ne sont pas encore capables de répondre à ces questions-là », a déploré Guillaume Alary en entrevue avec l’Hebdo Rive Nord.

S’il a accepté de mettre sa vulnérabilité à nu aux côtés du Conseil régional de l’environnement (CRE) Lanaudière et de la Fédération de l’UPA de Lanaudière (FUPAL) qui interpellent le gouvernement du Canada pour plus de transparence et une analyse complète des autres options dans ce dossier, c’est qu’il est conscient que des dizaines d’autres producteurs comme lui vivent le même enfer actuellement dans Lanaudière et ailleurs au Québec. Surtout, il sait ce qu’un tel empiètement sur les terres peut signifier pour la viabilité des entreprises agricoles.

Une fracture irréversible

Le président de la Fédération de l’UPA de Lanaudière, Simon Duval, a expliqué : « les 60 mètres que les rails vont prendre, ce n’est pas tant ça l’enjeu que la fracture que ça vient faire sur le territoire ». En effet, le projet tel qu’il leur a été présenté intègre des clôtures de 10 pieds de chaque côté de la voie ferrée. À l’heure actuelle, rien ne garantit que l’ensemble des routes traversées par le TGV seront reconnectées, s’est inquiété Simon Duval. « La rue Saint-Paul, qui est juste ici, à côté de la ferme à Guillaume, probablement qu’elle va devenir un cul-de-sac. Donc, si Guillaume avait des terres de l’autre côté, il doit faire un détour. Il va devoir monter jusqu’à L’Assomption pour retourner de l’autre côté », a-t-il exposé.

Une telle barrière pourrait entraîner des conséquences dramatiques sur la rentabilité des entreprises agricoles dont la marge de profit est déjà très faible, a alerté le président. Il ne serait d’ailleurs pas étonné de voir des fermes cesser leurs activités et le coût des aliments exploser encore davantage si le groupe Alto ne considère pas les enjeux agricoles.

Simon Duval, président de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles de Lanaudière, estime que de nombreuses terres agricoles de Terrebonne à Mascouche, en passant par Repentigny, L’Épiphanie, Joliette, Berthierville et Saint-Cuthbert, pour ne nommer que celles-ci, sont suceptibles d’être affectées par le projet d’Alto. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

« On ne demande pas au gouvernement de choisir entre la mobilité et l’agriculture. On lui demande simplement de faire ses devoirs, de prendre vraiment acte de tous les éléments avant une décision irréversible », a-t-il finalement nuancé.

Un non-sens environnemental

En ce sens, la FUPAL exhorte Alto à faire preuve de transparence en rendant publics ses analyses et scénarios comparés et à donner des réponses claires et honnêtes aux personnes impactées par leur projet.

Les constats et les demandes de la FUPAL, le CRE Lanaudière les partage. La construction d’une telle « muraille de Chine » viendrait saboter tous les efforts déployés par les intervenants du milieu depuis des années pour relier le nord au sud par des corridors écologiques permettant à la faune et à la flore de circuler. La présidente du CRE Lanaudière, Mireille Asselin, a par ailleurs souligné qu’en voulant réduire les déplacements entre Montréal et Toronto, Alto risquait de décupler les temps de déplacement à l’échelle locale en engendrant de longs détours à certains endroits. « Avec les données qu’on a actuellement, le projet n’a aucun sens du point de vue environnemental. »

Mireille Asselin, présidente du Conseil régional de l’environnement de Lanaudière, considère que le projet de TGV Alto, tel qu’il leur a été présenté, ne fait aucun sens sur le plan environnemental. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

La présidente ne peut pas non plus passer sous silence que les gens du secteur ont déjà fait face à un déraillement de train récemment. L’arrivée d’un train à grande vitesse sur le territoire raviverait nécessairement, selon elle, les inquiétudes.

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