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La Sauvagine, une maison en histoire et inspiration 

Photo gracieuseté
Photo gracieuseté

À Sainte-Élisabeth, une maison se distingue par son histoire vieille de plus de deux siècles. Cette demeure, témoin préservé d’une époque passée, a aussi inspiré, pendant de longues années, l’autrice Audrée Wilhelmy, qui nous en a ouvert les portes à travers ses souvenirs.

C’est au bout d’une allée bordée d’arbres que se dresse, depuis la fin du XVIIIe siècle, la Sauvagine. Entourée de champs, à l’abri du vacarme d’une ville trop agitée, cette ancienne maison de Sainte-Élisabeth conserve dans ses murs les traces d’une époque révolue qui a pourtant accompagné de nombreuses générations de Québécois. La dernière en date, celle de l’autrice Audrée Wilhelmy, séduite, dès le premier regard, il y a de cela quelques années, par cette maison sans prétention. 

« Cela faisait 17 ans que je vivais à Montréal quand j’ai eu un coup de cœur pour la Sauvagine après un passage sur un site spécialisé dans les annonces immobilières, confie l’artiste. Le lieu avait déjà son caractère et avait déjà vu du monde. Je m’y sentais en sécurité. » Dans ce cocon réconfortant et inspirant, celle qui se distingue aussi dans les arts visuels avait enfin trouvé « un refuge et l’espace nécessaire pour déployer ses projets ». 

Si Audrée était convaincue d’avoir trouvé l’endroit idéal, sa famille restait plus prudente. « Ma mère m’a dit qu’il fallait que je visite d’autres maisons avant d’en acheter une. J’ai donc suivi son conseil, mais surtout pour me donner bonne conscience, car je savais déjà que c’était ma maison », continue Audrée, propriétaire des lieux depuis février 2020, au tout début de la pandémie. 

Audrée Wilhelmy. Photo gracieuseté

Le bois conserve les traces du passé 

Mais alors, si cette maison est une source d’inspiration pour bien des histoires à raconter, quelle est sa propre histoire ? Selon l’écrivaine, ses origines remontent probablement aux environs de l’année 1790. 

À l’intérieur, cette longévité plonge le visiteur dans le passé. « Ce qui est intéressant, c’est qu’on voit vraiment le pièce sur pièce de l’intérieur. La maison a été isolée par l’extérieur, mais les poutres empilées restent visibles à l’intérieur », explique Audrée. Concernant le sol, de larges planches composent les planchers, tandis que d’imposantes poutres soutiennent l’étage. 

« D’ailleurs, c’est assez émouvant, car certaines poutres portent encore des numéros gravés et des marques d’outils. On voit, par exemple, le mouvement de la hache dedans », souligne encore l’autrice de nombreux livres, dont le dernier s’intitule Incante : manifeste. « Ces traces permettent de mesurer les efforts déployés pour construire la maison, alors en être propriétaire, c’est aussi en être le protecteur. » 

Le bois comme matériau est aussi visible entre chaque pièce à travers les vieilles portes conservées. « Ce sont tous ces détails qui font qu’on s’attache à ce lieu. C’est aussi une maison très permissive, dans le sens où elle en a vu d’autres. Elle n’est pas stressée. » 

Une maison qui a su évoluer 

Bien entendu, si la Sauvagine a pu traverser les décennies sans embûche, elle a aussi su évoluer avec son temps et même s’agrandir étape par étape. Une cuisine d’été, dont la construction se situerait, selon Audrée Wilhelmy, autour de 1850, a été isolée et transformée en cuisine permanente. « Les propriétaires, avant moi, ont même fait construire une autre extension qui s’est très bien intégrée sans faire du faux vieux. Ils ont réussi à garder les mêmes tonalités pour que cela ne dénote pas avec la partie plus ancienne pleine de caractère. » 

L’écrivaine a aussi apporté quelques changements. En effet, la cheminée, très longtemps condamnée, a repris vie grâce à l’installation d’un foyer au gaz. « Je voulais redonner au salon sa place centrale dans la vie de la maison, car ce foyer est vraiment le cœur battant de la maison. » 

Dans la partie récente, une ancienne chambre est même devenue son atelier. « J’y ai fait ouvrir une grande fenêtre donnant sur les champs. Je peux ainsi profiter de la vue sans qu’on ait dû modifier la partie ancienne à laquelle je tiens. » 

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Une maison, mais aussi un jardin extraordinaire 

Alors que les pièces de la Sauvagine s’imposent comme un lieu où la création prend tout son sens, les extérieurs inspirent aussi. « C’est dehors que j’y consacrais tous mes efforts », explique encore l’artiste. À son arrivée, il y a six ans, de grandes surfaces sont couvertes de gazon. « J’ai donc fait le choix de transformer cet espace en terrain capable de nourrir et d’accueillir insectes et oiseaux. » 

Elle plante ainsi entre quinze et vingt arbres, dont une dizaine de fruitiers. « J’ai mis beaucoup d’amour sur le prunier. J’ai aussi planté de quoi avoir des petits fruits comme des bleuets, des fraises, des framboises, des mûres, du cassis et des camerises. » On y trouve désormais également un potager, des plantes médicinales et des espaces où les fleurs s’accordent en harmonie. 

« En récoltant mes premières prunes, j’ai tellement pleuré, car cela correspondait au moment où je commençais à vider les lieux avant mon départ », confie-t-elle, déjà éloignée d’un lieu qu’elle a tant aimé. 

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Un nouveau coup de cœur 

Après six ans passés à aimer et à préserver la Sauvagine, Audrée Wilhelmy a, le cœur lourd, pris la décision de quitter Sainte-Élisabeth. « C’était vraiment une décision difficile », explique-t-elle. Audrée savait en effet que son conjoint souhaitait retourner dans le Bas-Saint-Laurent lorsque ses enfants seraient adultes. 

Pour le rejoindre, elle devait donc trouver une nouvelle maison. « C’est lors d’un déplacement au Salon du livre de Rimouski que j’ai eu un nouveau coup de cœur pour une propriété aperçue en chemin. J’ai tout de suite voulu la visiter et cela a confirmé mon intuition. » 

Pour La Sauvagine, toujours en vente, elle espère maintenant des occupants sensibles à son histoire et prêts à y réaliser à leur tour leurs propres projets de vie. 

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Un fauteuil, du thé, mais surtout des histoires 

La Sauvagine est un décor oscillant entre livre romantique et film de Noël. On vous pose le décor. 

L’hiver, Audrée Wilhelmy aimait approcher son fauteuil du foyer et y garder son thé au chaud. Entourée de tous ses livres, posés dans les bibliothèques de la maison, et de son piano, elle ressentait, à chaque fois, le même plaisir à renouveler ce petit rituel. « J’avais l’impression d’être milliardaire en vivant ça », plaisante-t-elle. 

C’est d’ailleurs dans ce petit coin de la maison qu’elle y a imaginé la Yaga, un personnage présent dans ses romans représentant une mort bienveillante assise en train de tricoter. « Cette place à côté du poêle, dans ma tête, c’est sa place à elle. » 

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